Affiche du film  Thérèse Desqueyroux
© Métropole Films Distribution

Thérèse Desqueyroux

Version originale en français
28 novembre 2012

Les âmes asservies

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il y a quelque chose d'intemporel dans Thérèse Desqueyroux, quelque chose de fragile, de fort aussi, quelque chose qui nous réconforte, qui nous sustente, mais à la fois nous inquiète et nous trouble. Ce film est un mélange de sentiments composites, de romantisme et de drame, d'action et de suspense, et tout ça sous une toile de fond de bourgeoisie française des années 20. Thérèse Desqueyroux n'est pas un autre de ces mélodrames historiques relatant l'histoire d'une pauvre jeune femme forcée d'épouser un homme qu'elle déteste pour la fortune de sa famille et l'honneur des siens. Il s'agit plutôt du contraire. Personne n'est une victime dans Thérèse Desqueyroux, mais personne n'est le bourreau non plus. Il n'y a pas de véritables méchants ni de gentils absolus, au final, la seule chose que l'on peut blâmer pour les malheurs des uns et l'opulence des autres, c'est la vie.

La réalisation à la fois omniprésente et discrète de Claude Miller contribue grandement au succès et à la puissance de l'oeuvre. Le fait que les fantasmes du personnage principal fassent partie intégrante de la trame narrative, que l'on ait décidé de ne pas interrompre le déroulement du récit pour avertir le spectateur qu'il s'agit d'une hallucination, apporte une dynamique étonnante au long métrage. Le cinéaste a également choisi de monter son film de manière linéaire, mais sans préciser nécessairement aux spectateurs quel genre de coupe ou de saut dans le temps il exécutait. Cela produit une certaine confusion, une sorte de fouillis, mais un fouillis fort rentable, même nécessaire à l'efficacité globale de la production.

Audrey Tautou est stupéfiante dans ce rôle hybride d'une jeune femme frondeuse qui accepte difficilement son existence pourtant heureuse et paisible. L'actrice française prouve une nouvelle fois l'ampleur de son talent et son large registre. On passe par une gamme d'émotions incroyables grâce à l'honnêteté de son jeu et la subtilité des textes, qu'elle livre brillamment. On peut en dire autant de son confrère Gilles Lellouche qui, toujours droit et juste, transcende l'écran et nous révèle un personnage naïf dans son aristocratie et attachant, pour sa fidélité et son innocence.

On parle rarement pour ne rien dire dans Thérèse Desqueyroux, chaque réplique a une valeur et une influence sur le reste du récit. Certaines citations d'auteurs célèbres - de l'époque dépeinte dans le film - contribuent également au lyrisme des mots et à sa portée. Il n'y a que très peu de longueurs et celles-ci s'avèrent nécessaires pour établir le climat plus austère engendré par les actes inconscients de la protagoniste. Thérèse Desqueyroux est une oeuvre touchante et fluide qui parvient à transporter les cinéphiles au sein d'une société embourgeoisée où peu d'erreurs étaient permises et où la déprime n'était pas une raison à l'éplorement.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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