Affiche du film  The Birth of a Nation
© Fox

The Birth of a Nation

Version originale en anglais
6 octobre 2016

Intolérance

Photo Par Martin Gignac

En temps normal, The Birth of a Nation roulerait vers la gloire. Ce film courageux sous fond d'esclavagisme dont le titre s'inspire directement du chef-d'oeuvre raciste de 1915 de D.W. Griffith a remporté les prix les plus prestigieux à Sundance et il ferait déjà figure de favori aux Oscars. C'était avant que le passé tumultueux de son cinéaste Nate Parker et de son ami Jean McGianni Celestin qui a développé l'histoire refasse surface. On ne parle pratiquement aujourd'hui que de ces allégations de crimes sexuels et du suicide de leur présumée victime que de ce long métrage qui aborde un sujet essentiel et où figure un viol... L'effet Roman Polanski/Woody Allen prendra-t-il le dessus?

On s'attardera ici au seul domaine de l'art, aux aspects purement cinématographiques qui sont indéniables. Moins mémorable que le grandiose 12 Years a Slave, mais beaucoup plus satisfaisant que l'ennuyant Free State of Jones qui a pris l'affiche plus tôt cette année, cette création qui s'inspire d'une histoire vraie - celle de l'esclave Nat Turner qui a incité ses semblables à se soulever - ne manquera pas de faire discuter dans les chaumières. Surtout qu'elle résonne avec l'actualité aux États-Unis en cette période d'affrontements entre sa population afro-américaine et les forces de l'ordre.

Le récit volontairement enrageant est porté à bout de bras par Nate Parker, qui a investi son propre argent dans la production. Sa réalisation - sa première - demeure solide malgré son académisme, maniant l'ellipse et l'onirisme avec doigté, recourant à une élégante photographie dotée d'une palette de couleurs saturées et d'une trame sonore plus que recommandable. L'homme n'est pas un mauvais acteur (il l'avait prouvé dans The Great Debaters et Red Tails, deux autres longs métrages historiques inspirés de sujets véridiques), campant avec conviction le rôle principal. Il trouve surtout la façon de créer plusieurs scènes marquantes. Celle des multiples pendaisons avant la conclusion risque d'en marquer plus d'un.

C'est toutefois regrettable qu'il se soit senti obligé de verser dans des excès purement gratuits. Entre ces personnages noirs qui sont tous gentils et ces antagonistes blancs qui ne sont pratiquement que des méchants ambulants, le manichéisme avale tout rond la nuance. Quelques séquences n'évitent pas un sensationnalisme de bas étage et la musique appuyée s'avère souvent encombrante. Le symbolisme n'est également pas le plus subtil qui soit.

Ces faiblesses sont surtout palpables dans la seconde moitié de l'ouvrage. C'est là que le héros devient pratiquement une figure christique (de l'ordre de Jésus ou de Moïse) et que le scénario embrasse la Loi du talion, transformant l'ensemble en une sorte de Django Unchained, mais sans la touche d'exploitation de Quentin Tarantino. On se rapproche plutôt du cinéma de Mel Gibson (Braveheart pour la vengeance et la barbarie, The Passion of the Christ pour le discours religieux et ces coups de fouet stylisés), avec même quelques emprunts à Oldboy (ce marteau destructeur jouera un rôle primordial en deux occasions).

The Birth of a Nation demeure un film mi-figue mi-raisin, admirable à ses heures et trop lourd par moments. S'il raconte un passage important et nécessaire de l'Histoire américaine, il ne le fait pas toujours de la meilleure des façons. Entre grâce et horreur, il n'y a qu'un pas à franchir. L'effort alterne de l'un à l'autre dans son désir de dénoncer à tout prix, oubliant du coup d'être la grande oeuvre qu'elle aurait dû être.

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Photo Martin Gignac

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