Affiche du film  Sully
© Warner Bros. Canada

Sully

Version en français
v.o.a. : Sully
7 septembre 2016

Faire sa job

Photo Par Martin Gignac

Tom Hanks ne devrait plus jamais avoir le droit de voler. Son avion s'est écrasé dans Cast Away et il a brisé sa navette spatiale lors d'Apollo 13. Une malchance qui lui colle au dos et qui revient le hanter dans Sully où il incarne un pilote qui a sauvé ses 155 passagers en s'enlisant dans la rivière Hudson en janvier 2009. De héros, cet individu est presque devenu un paria lorsqu'une enquête a avancé que son avion aurait pu atterrir dans un aéroport environnant.

Personne ne sera surpris d'apprendre que cette histoire vraie a été réalisée par Clint Eastwood. S'il y en a un qui est passionné par l'héroïsme, c'est bien lui. Ce thème est au coeur de presque tous ses longs métrages, devenant sa véritable marque de commerce. Sauf que le grand cinéaste n'a offert aucun film important depuis une décennie, l'année où a pris l'affiche l'incroyable Letters From Iwo Jima. Aura-t-on droit à un second American Sniper, une autre apologie guerrière pour les disciples de Donald Trump?

Heureusement non. Sans être une oeuvre majeure, Sully compense toutes ces déceptions qui s'accumulaient au fil des ans. Le récit qui est bien plus intéressant que les Flight et Piché: Entre ciel et terre de ce monde multiplie les retours dans le passé. La plupart sont judicieux, hormis ceux trop lointains sur la jeunesse du personnage principal. Ils permettent de revivre l'accident sous différents angles tel un Rashômon aérien, mais en se basant parfois uniquement sur une transmission radio ou un détail particulier.

Ce procédé a ses limites et il peut s'avérer répétitif. En plus de restaurer ou de détruire l'honneur de notre héros, la narration s'attarde également à la relation de Sully avec sa femme (soupirs de romance inutile). Elle se termine surtout par une finale particulièrement collante qui rappelle les bienfaits de travailler ensemble parce que l'Amérique est une grande nation qui doit demeurer unie (surtout en cette ère post 11 septembre). Difficile de déterminer alors s'il faut lancer la pierre au scénariste ou au livre dont il s'inspire.

Avant d'en arriver là, la production offre néanmoins ses moments de tension et d'émotions. Une fois que la musique trop insistante finit par se taire, les joutes verbales peuvent débuter et elles sont truculentes, presque autant que la recréation de l'atterrissage forcé. Sans atteindre les sommets de réalisme d'United 93, la démonstration coupe parfois le souffle et l'effet est décuplé par l'utilisation de caméras IMAX. De quoi insuffler un peu de vie à un exercice qui est tout de même assez classique et conventionnel.

Véritable moteur de l'entreprise, Tom Hanks connaît ce rôle d'Américain moyen par coeur et il n'a pas besoin de trop en faire pour être convaincant. Celui qui aurait certainement été embauché dans tous les opus de Frank Capra est en plus affublé de cheveux blancs et d'une moustache, ce qui le rend davantage attachant! Son copilote qui possède la tronche trop sympathique d'Aaron Eckhart lui offre le carburant nécessaire pour atteindre des sommets, tout comme son épouse campée par Laura Linney qui fait beaucoup dans un rôle nettement sous-développé.

Après une série d'efforts douteux, Clint Eastwood prouve qu'il n'est pas un réalisateur fini. Avec Sully, il livre probablement son meilleur film depuis Gran Torino. Sa nouvelle création, quoiqu'imparfaite et mineure, ne manque surtout pas de sincérité et elle est menée de bout en bout par un Tom Hanks qui n'a jamais été aussi juste que dans l'économie de moyens. Voilà une collaboration entre deux immenses talents qu'on aimerait voir se répéter.

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Photo Martin Gignac

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