Affiche du film  Straight Outta Compton
© Universal Pictures

Straight Outta Compton

Version originale en anglais
v.o.a.s.-t.f. : Straight Outta Compton
14 août 2015

Pas assez badass

Photo Par Martin Gignac

Les fans de N.W.A. - le groupe culte de musique, pas le dernier long métrage d'Yves Christian Fournier - attendent depuis belle lurette ce film sur leurs idoles. Hormis Public Enemy, il n'y a pratiquement pas eu de formation qui a autant marqué le hip-hop américain. Ice Cube, Dr. Dre, Eazy E: des noms mythiques qui font toujours résonner.

C'est leur histoire que raconte ce biopic extrêmement classique qui démarre en trombe. Les cinq membres ont leur propre présentation comme s'ils étaient des Avengers. Ils apparaissent avec leur personnalité et leur quête individuelle. Le scénario en met rapidement deux de côté pour se concentrer sur le trio "plus important". Ice Cube qui écrit les textes et qui est campé avec justesse par son véritable fils O'Shea Jackson Jr. (les ressemblances sont parfois frappantes avec Jean-Carl Boucher de 1981 et 1987), Dr. Dre qui affine le son et que l'acteur Corey Hawkins n'arrive pas nécessairement à rendre justice et le fauteur de troubles Eazy E qui trouvera sa rédemption et dont le jeu sensible de Jason Mitchell cadre bien au personnage.

Leur ascension est décrite avec énergie, dynamisme et humour, faisant constamment écho à la situation qui prévaut aux États-Unis. Il est question de racisme policier et d'émeutes, de censure artistique et de jeunesse trop souvent prisonnière de quartiers pauvres et violents où règnent le trafic de drogue et la prostitution. Des clichés bien réels que N.W.A. a utilisés dans son art à l'aide de chansons revendicatrices.

Une fois passée cette première partie plutôt entraînante, le film s'enfarge dans les fleurs du tapis lors de la déchéance attendue, multipliant les évidences les plus élémentaires. Un des héros tousse? Il est nécessairement malade. Le gérant blanc a l'air méchant? Il l'est assurément, surtout s'il est campé par Paul Giamatti qui transforme le tout en farce avec ses mimiques et qui semble reprendre le même rôle que dans le plus réussi Love & Mercy. Peu importe que l'ouvrage soit conventionnel. Il n'a pas besoin d'être aussi original qu'un I'm Not There pour s'avérer convaincant. Seulement de ne pas chuter dans le gros mélo collant et de ne pas s'éterniser inutilement (ce qu'il fait avec ses 150 minutes). Là, il ressemble à une version de Jersey Boys qui se déroulerait en Californie.

Le choix du cinéaste F. Gary Gray n'était peut-être pas le bon. Avant de réaliser des productions très mauvaises (Law Abiding Citizen, Be Cool, A Man Apart) et d'autres assez divertissantes (The Negotiator, le remake de The Italian Job), il avait offert la sympathique oeuvre Friday avec Ice Cube, le plus quelconque Set It Off où apparaissait Dr. Dre et des vidéoclips de Tupac, Ice Cube, Dr. Dre et compagnie. Il connaît parfaitement le milieu et est ami depuis longtemps avec ses artisans. Cela lui permet peut-être de se rapprocher plus facilement et rapidement de ses sujets, mais jamais d'être critique et de les remettre en question. Et comme Dr. Dre et Ice Cube agissent en tant que producteurs, ce qui en ressort est bien lisse, comme une apologie de leurs gestes. Il y avait pourtant long à dire sur la naissance du gangsta rap, cette orgie filmée en plan-séquence qui est traitée comme dans Top Five et cette émeute à Détroit qui aurait dû être la scène clé de l'effort, mais qui se dégonfle rapidement.

Reconnu pour ses textes provocateurs et la forte personnalité de leurs membres, N.W.A. était en avance sur son époque. Il est d'ailleurs surprenant que Straight Outta Compton soit aussi gentil et propret, ne reflétant que trop rarement l'énergie du groupe. C'est le cas lorsque la musique prend toute la place et beaucoup moins quand les codes du biopic usuels font ressentir leurs effets. Les plus optimistes diront que le résultat est plus probant que celui, assez désastreux, sur 50 Cent (Get Rich or Die Tryin'). Ce n'est pas mettre la barre bien haute, surtout devant le fort potentiel de ce récit à saveur épique.

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Photo Martin Gignac

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