Affiche du film  Steve Jobs
© Universal Pictures

Steve Jobs

Version en français
v.o.a. : Steve Jobs
16 octobre 2015

Des pépins de taille

Photo Par Martin Gignac

Après la déconfiture de Jobs avec Ashton Kutcher, personne n'était intéressé à un nouveau long métrage sur le co-créateur d'Apple. Il faut toutefois faire une exception pour ce nouveau projet doté d'une distribution toute étoile qui est réalisé par Danny Boyle et scénarisé par Aaron Sorkin. Une équipe de choc qui fait presque que de Steve Jobs un grand film. Presque.

La construction du récit est similaire à l'immense Mishima de Paul Schrader. Une oeuvre en trois actes qui est centrée autour de lancements importants (le Macintosh en 1984, le NeXT en 1988 et le iMac en 1998) et qui ne renie en rien son aspect théâtral. Au centre de l'échiquier se trouve le père du Mac (Michael Fassbender) qui revoit sans cesse les mêmes personnes: sa confidente et directrice de marketing (Kate Winslet), son associé (Seth Rogen) et ses employés, son patron (Jeff Daniels), son ancienne amoureuse (Katherine Waterston) et sa fille délaissée. Un choeur grec qui agit comme un opéra tragique et existentiel.

Dès le départ, un rythme démoniaque s'empare de l'écran, poussant les âmes à l'urgence. Tout le monde crie et déambule dans les coulisses: une sensation d'ivresse et de mouvements qui fait écho à Birdman. La caméra pleine de tension ne lâche plus les personnages, campés par des acteurs étincelants. L'exubérant Michael Fassbender offre une interprétation exceptionnelle dans la peau de cet être aussi brillant que manipulateur, dévoré par son ego. Kate Winslet lui rend la pareille en Athéna moderne qui utilise sa raison dans un monde de passion et de trahisons. Plus effacé, Seth Rogen aura rarement été aussi juste et Jeff Daniels se voit gratifié de quelques-unes des meilleures répliques.

Les dialogues d'Aaron Sorkin sont reconnaissables entre tous et ils s'avèrent souvent pétillants. Des morceaux d'anthologie qui se retrouveront probablement aux Oscars. Il n'évite cependant pas ses propres démons (le sentimentalisme éculé) et à l'image de sa très bonne série télévisée The Newsroom, l'intérêt de Steve Jobs disparaît presque totalement lorsque la sphère privée est privilégiée. Et cette histoire intime et personnelle de paternité semble plus importante que toutes les autres, faisant soupirer devant tant d'occasions ratées. Les 15 dernières minutes extrêmement appuyées et moralisatrices (à quoi bon être un inventeur de génie si on n'est pas un bon père? Alors, donnons une rédemption à notre monstre avant la fin...) viennent ainsi bien près de défaire complètement ce si beau château de cartes. Des zones destructrices dont David Fincher (The Social Network) et Bennett Miller (Moneyball) se sont éloignés en adaptant les scripts de Sorkin, avec des résultats bien supérieurs.

La mise en scène comme toujours vitaminée de Danny Boyle n'est pas sans faille non plus. S'il sait comment rendre vivante une conversation et que ses choix musicaux sont toujours exemplaires, sa façon de trop en faire et de saturer l'image de stimuli inutiles rappelle qu'il n'a pas suffisamment confiance en ses moyens et qu'il a peur d'ennuyer les spectateurs. Un défaut récurrent que l'on retrouve surtout dans ses derniers efforts (Slumdog Millionaire, 127 Hours, Trance).

Ces inconvénients chroniques finissent par peser lourd dans la balance, sabotant ce qui aurait pu être le meilleur biopic des dernières années. D'incroyables et fulgurants moments de grâce qui amènent Steve Jobs au sommet... mais qui n'y demeure pas suffisamment longtemps pour marquer les esprits complètement.

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Photo Martin Gignac

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