Affiche du film  Souviens-toi
© Les Films Séville

Souviens-toi

Version en français
v.o.a. : Remember
v.o.a.s.-t.f. : Remember
23 octobre 2015

Oublier l'essentiel

Photo Par Martin Gignac

Pauvre Atom Egoyan! À une époque, il était un des cinéastes les plus vénérés. Dans sa riche filmographie, impossible d'oublier les excellents The Adjuster, Exotica et surtout son chef-d'oeuvre The Sweet Hereafter. Mais depuis qu'il tâte le film de genre, les déceptions s'accumulent. Il y a eu Chloe, Devil's Knot, The Captive et maintenant Remember.

Ce dernier film écrit par le nouveau venu Benjamin August aborde pourtant la plupart des obsessions du cinéaste canadien d'origine arménienne: la quête identitaire, l'aliénation, la solitude, le contrôle, les souffrances liées au passé. Il n'y manque que le rôle prépondérant des technologies et le tour est joué.

Le tout est offert à travers une prémisse pas banale sur un survivant de l'Holocauste (Christopher Plummer) souffrant de démence qui part à la recherche du bourreau qui a exterminé sa famille il y a près de 70 ans. C'est Memento croisé avec This Must be the Place de Paolo Sorrentino (La grande beauté, Il Divo).

Ce qui surprend d'emblée, c'est le désir d'Egoyan de se renouveler. L'histoire est linéaire, sans ellipse, prenant la forme d'un road-movie où un seul héros tente de se retrouver au sein de sa mémoire qui flanche. Un suspense filmé au plus près des corps à l'aide d'une caméra souvent en mouvement. Une technique que son réalisateur n'avait pas affectionnée depuis Next of Kin, Family Viewing et Speaking Parts.

Surtout qu'il peut compter sur un interprète en pleine possession de ses moyens. Christopher Plummer porte le film sur ses épaules et il est immense. Vigoureux et vulnérable tout à la fois, l'acteur canadien fait avaler toutes les incohérences, trouvant son plus beau rôle depuis le ravissant Beginners.

Les invraisemblances sont nombreuses dans ce récit qui tarde à trouver sa vitesse de croisière. Il y a pratiquement tous les clichés sur l'Amérique, de cette fascination des armes à feu à cette soif de vengeance. Tout s'explique toutefois à la fin lors d'un retournement de situations particulièrement tarabiscoté qui a plus à voir avec la recette de Shyamalan qu'avec un certain The Usual Suspects. La conclusion est si tirée par les cheveux, si moralement ambiguë qu'elle éclipse le reste du film. Elle fait de l'ombre aux véritables sujets du long métrage, qui en sont réduits à de simples faire-valoir, des outils à cette gamique pour cinéphiles en manque de sensations fortes qui croient avoir tout vu.

Thriller forcé malgré quelques séquences qui donnent froid dans le dos, drame psychologique sous-développé même si Christopher Plummer y livre toute une performance, Remember n'est pas le retour tant espéré de la part d'Atom Egoyan. À force de privilégier le "punch" final à ses catalyseurs salvateurs, le film finit par s'autodétruire. Il y avait pourtant matière à de grandes choses, seulement au niveau des thèmes abordés (mémoire, mensonges, remords) que du casting de soutien peu exploité (où l'on retrouve Brun Ganz, Martin Landau et Henry Czerny). Une autre chance perdue pour ce talentueux metteur en scène que l'on désespère de voir retrouver le droit chemin.

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Photo Martin Gignac

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