Affiche du film Taking Woodstock
© Alliance Vivafilm

Souvenirs de Woodstock

Version en français
v.o.a. : Taking Woodstock
26 août 2009

Solitude dans la foule

Photo Par Karl Filion

Étrange que l'on ait confié à Ang Lee la tâche de porter à l'écran cette histoire légère et anodine, grandement stéréotypée, dont la force dramatique est mineure voire négligeable, alors qu'on l'imagine davantage à la barre d'un drame pur aux grands enjeux sociétaux. Pas qu'il en manque dans la création d'un événement comme Woodstock - bien au contraire -, mais dans le film qui la raconte, étonnamment, oui, et grandement. On dirait que Lee s'ennuie à raconter le destin d'un individu en particulier dans une foule aussi diversifiée et riche en personnages colorés. Le résultat est un film un peu bâclé et sans audace. Drôle à dire d'un film qui parle de Woodstock!

En 1969, le jeune designer d'intérieur Elliot Tiber rentre chez ses parents, à Bethel dans l'État de New York, pour passer l'été au motel qu'ils gèrent. Alors qu'il semble qu'ils seront incapables de payer l'hypothèque, Elliot prend l'initiative de contacter Michael Lang, l'organisateur d'un grand festival de musique extérieur qui doit avoir lieu prochainement. Il convainc un voisin, le fermier Max Yasgur, de louer sa terre aux jeunes entrepreneurs, qui établissent le camp de base au motel des Tiber afin de mettre en place ce qui deviendra, près de 450 000 spectateurs plus tard, le plus gros concert de l'histoire du rock.

Deux dimensions superposées, donc, dans ce portrait simpliste d'un moment précis de l'Histoire à travers les joies et les peines d'une famille typique. Les problèmes de communication entre Elliot et ses parents, son homosexualité en particulier, s'avèrent répétitifs et prévisibles. On s'ennuie beaucoup devant le récit stéréotypé de ses petits malheurs alors que se vit en arrière-plan un grand moment de l'Histoire de l'Amérique.

Au nombre des stéréotypes, souvent affligeants, qui viennent simplifier davantage le récit de ce fascinant et improbable événement, notons : tout le monde est tout nu, gelé et sale, on hallucine « une mer de monde », les vieux messieurs sont pas contents, les vieilles madames sont toutes excitées, le policier intransigeant est finalement plutôt « cool »... même le split screen s'avère peu excitant. Reconstitution historique, ou simplification dramatique? Toujours est-il qu'il n'y a rien de bien palpitant dans le destin d'Elliot Tiber qui ne soit pas directement lié au festival, et on ne se consacre pas suffisamment à ce dernier. Le coup de l'homosexualité cachée, quand bien même elle serait vraie, ne vient rien ajouter à l'histoire qui n'ait déjà été mieux traité au cinéma.

Les implications politiques du projet sont presque toutes occultées et, ce que le film gagne en efficacité, il le perd en dynamisme. Car il faut admettre que rien n'est particulièrement mal fait ou mauvais, dans Taking Woodstock; les comédiens sont plutôt doués, Ang Lee ne fait aucun véritable faux pas, le tout est rondement mené et il y a bien quelques bonnes blagues. Mais telle la bride à cheval donnée, quand il y a un festival de musique légendaire en devenir en arrière-plan, on s'en fout un peu de comment se sent le personnage principal.

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Photo Karl Filion

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