Affiche du film  The Company You Keep
© Les Films Séville

The Company You Keep

Version originale en anglais
v.f. : Sous surveillance
25 avril 2013

Le passé nous rattrape

Photo Par Karl Filion

The Company You Keep, de Robert Redford, a une amorce très prenante. Créant une atmosphère inquiétante et mystérieuse, le film met en place des personnages riches incarnés par des acteurs qu'on sait remplis de talent (mais qui n'auront pas tous l'occasion de le prouver, malheureusement). Une histoire de terrorisme intérieur, de vol de banque qui a mal tourné, de chasse à l'homme qui dure depuis plus de 30 ans... Il y a là tous les ingrédients d'un bon suspense à la sauce politique, comme s'y applique Redford depuis quelques années.

Or, plus le film avance, plus il devient un film de dialogues lourds - comme des duels parlés entre idéalistes et opportunistes - et de confrontations répétitives et forcées entre des personnages mal définis et souvent très secondaires. Une fois tous les éléments en place, le mystère s'effondre, et The Company You Keep devient un exercice générique qui préfère conclure que dans la vie nos priorités changent, peu importe avec quelle passion on défendait une cause. D'habitude, au cinéma, c'est le contraire, en toute logique, puisque cette conclusion est assez stérile narrativement...

Les acteurs très connus et expérimentés qui composent la distribution, de Shia LaBeouf à Redford, en passant par Julie Christie, Brendan Gleeson, Susan Sarandon, Terrence Howard et Chris Cooper (ouf! la liste est longue), ont tous des rôles génériques qui laissent indifférents. Ils sont bons, sans plus, pratiquement sur le pilote automatique, dans des rôles qui ressemblent souvent davantage à des caméos. Cela ajoute en complexité au récit, mais pas en impact dramatique. La réalisation, utilitaire, fonctionne de la même manière.

Ce film démontre par moments son aspect « daté » à travers des détails qui n'échapperont pas à une génération plus jeune (si elle se déplace...); la séquence où le criminel le plus recherché au pays se rend dans une université, où des dizaines d'étudiants, rivés à leur téléphone cellulaire, ne le reconnaissent pas même si sa photo est affichée partout dans les médias apparaît comme plutôt improbable, pour dire le moins. Que la fuite du personnage soit si peu convaincante illustre bien à quel point le propos est ailleurs... dans des eaux bien balisées.

Très polarisé moralement, The Company You Keep ne parvient pas à se distinguer du lot parce qu'il ressasse les mêmes concepts que les autres films du même genre, sans prendre de risques. Sans même proposer un dilemme moral, puisqu'une fois qu'on a sous-entendu que le « coupable » - qui est aussi le héros - pourrait avoir été faussement accusé, sa fuite n'a plus de sens, ni d'impact narratif. Croyez-vous vraiment que les choses vont mal se terminer pour un homme faussement accusé qui n'a pour seul désir que de retrouver sa jeune fille de 11 ans, dont la mère est morte récemment? Dès lors, le film devient aride, dans une sorte de phase terminale jusqu'à ce que les lumières s'éteignent s'allument.

La distribution toute-étoile, mais affreusement attendue, aurait d'ailleurs dû nous mettre la puce à l'oreille... Voilà un film qui rate une belle occasion (vu son contexte) de s'inscrire dans son époque et dans sa société, et qui à la place fait tout pour passer inaperçu.

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Photo Karl Filion

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