Affiche du film  Under the Skin
© Métropole Films Distribution

Sous la peau

Version en français
v.o.a. : Under the Skin
8 mai 2014

L'Homme éléphant

Photo Par Karl Filion

S'il faut se réjouir que les extraterrestres aient enfin décidé d'envahir la Terre à partir d'ailleurs que la ville de New York (et qu'ils prennent les traits de Scarlett Johansson, personne ne s'en plaindra), cet exercice de style de Jonathan Glazer s'avère rapidement d'un vide abyssal que n'éclipse jamais la beauté plastique des images. Visuellement riche, le long métrage est en contrepartie tellement vide, tellement simpliste, qu'on en est rapidement désintéressé. Le style prend ici toute la place, créant un faux mystère qui ne forme évidemment qu'une fausse tension.

Under the Skin n'est de toute évidence pas un film d'extraterrestres comme les autres, et le réalisateur ne souhaite pas proposer une surenchère d'effets spéciaux à grand déploiement. De même, la sujet n'est pas véritablement « l'invasion » de la planète, mais plutôt l'éveil d'un étranger (ou d'une? quel genre ont les extraterrestes?) à l'humanité. L'arrivée des envahisseurs ne se fait donc pas à grand coup de vaisseaux spatiaux, mais symboliquement, ce qui donne le ton. La suite est une accumulation de mystères parfois inexplicablement réalistes (des motos, les nouvelles à la radio, la campagne écossaise) et d'autres fois métaphysiques (une piscine opaque qui emprisonne les hommes imprudents qui auront démontré du désir pour Scarlett, lourd symbole).

Le thème - et le regard de l'étranger - permet d'examiner les traits d'une humanité qui est à la fois le sujet et l'objet des films qu'elle produit, mue par le sexe et les poncifs de beauté. En ce sens, une brillante scène avec Adam Pearson, un Anglais défiguré par la neurofibromatose mais qui a des belles mains, est d'une intensité sans pareille au sein de ce film. La finale est aussi très belle et évocatrice. Toutefois, ailleurs au sein de ce film, la confusion règne. Les allégories, métaphores et autres figures de style visuelles ne surpassent jamais le stade de « belle construction ». C'est un bel objet, mais c'est tout.

Les artisans de Under the Skin sont certes talentueux, mais cela ne suffit bientôt pas; le film qu'ils proposent ne tire pas pleinement profit de son contexte intriguant. Trop de questions primordiales sont laissées sans réponse, ce qui empêche d'y voir un véritable commentaire sur la condition humaine. Expliquons : Under the Skin n'est pas un documentaire sur les extraterrestes. Les méthodes qu'ils emploient, leurs objectifs, sont donc laissés à la discrétion des créateurs (et de l'auteur du livre, Michel Faber, quoique ce dernier semble plus complet) qui ont la responsabilité de les rendre signifiants, évocateurs, révélateurs d'un état humain ou non-humain (ce qui est l'enjeu du film). En lieu et place, on n'a droit qu'à une succession d'images.

Oui, elles sont superbes. Oui, le réalisateur Jonathan Glazer et le directeur-photo Daniel Landin utilisent un langage cinématographique stimulant. Mais ils n'ont rien à dire sur l'humanité.

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Photo Karl Filion

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