Soudain, le silence

Version originale en français
23 septembre 2015

Perdre la voie

Photo Par Martin Gignac

La première scène d'un film résume généralement ce qui va suivre. Il y a le microcosme des thèmes et des enjeux qui y seront abordés, avec souvent moult symboles et métaphores pour représenter en quelques minutes seulement l'idée générale du récit.

Dans Soudain, le silence, un homme patiente à l'aéroport pendant qu'une femme file à toute allure en automobile, comme si elle ne voulait pas rater son avion. Le téléphone y joue un rôle prépondérant, d'un cas comme de l'autre. Il y a un sentiment d'ennui, de lassitude, de fausse tension et surtout un montage parallèle employé de façon atroce. Sans s'attendre à une aussi grande maîtrise que la finale de La graine et le mulet, il y a un minimum de savoir-faire requis. Sinon cela donne, comme dans ce cas-ci, une des pires utilisations de cette technique vue à l'intérieur d'un long métrage québécois depuis belle lurette, à égalité avec la séquence "petite période de sexe pendant que l'autre attend dans l'avion" du Transit de Christian de la Cortina.

De quoi lancer l'histoire sur un très mauvais pied. Surtout que c'est, ironiquement, le ton que prendra le reste du film. Il ne se passe pratiquement rien dans cette oeuvre gauche de 85 minutes qui semble en durer le double. Il y a beaucoup de remplissage et de longs segments sur des aspects qui ne seront jamais utilisés par la suite. Pensons seulement à cette entrevue manquée à la radio ou à cette séance dans un restaurant presque vide où le serveur se défoule verbalement sur ses clients. Au lieu de compenser ces faiblesses scénaristiques en étant dynamique ou imaginative, la réalisation se complaît dans l'artificialité, multipliant la musique d'ascenseur pour achever encore davantage le spectateur.

La prémisse avait pourtant un certain potentiel. La rencontre entre un chanteur d'opéra français qui perd la voix (Étienne Dupuis) et la jeune femme (Chantal Bellavance) qui doit le prendre en charge avant son spectacle. Devant la caméra de Catherine Martin, cela aurait donné un face-à-face poétique et humaniste. Mais devant celle du cinéaste Michel Préfontaine (un producteur de la télévision qui renoue avec le cinéma trois décennies après Médium Blues), il n'y a rien qui transcende l'anecdote. Oui, Montréal peut ressembler à une jolie carte postale, il faut toujours voir le bon côté des choses et ne jamais abandonner ses rêves. Sauf que ces maximes sont tellement éculées et amplifiées qu'elles dépassent l'entendement. Surtout que la direction d'acteurs est franchement inégale. Le baryton québécois Étienne Dupuis surprend lors de ses moments muets, alors que la chanteuse Chantal Bellavance irrite plus souvent qu'autrement. Et quel sabotage de casting en n'offrant parfois qu'une seule ligne de dialogues à Jacques L'Heureux, Carl Béchard et autres Gilbert Turp.

Fait avec des bouts de chandelles à l'aide d'un budget risible, il est légitime d'avoir un capital de sympathie envers Soudain, le silence. Le film indépendant n'offre cependant pas grand-chose en retour, oubliant jusqu'à la sincérité et l'effort qui eux, sont gratuits. Alors même si on veut encourager et protéger le septième art d'ici, être clément et indulgent comme c'est trop souvent le cas, cela n'aidera personne que de fermer ses yeux devant tant de largesses.

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Photo Martin Gignac

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