Affiche du film Soie
© Alliance Atlantis Vivafilm

Soie

Version en français
v.o.a. : Silk
v.o.a.s.-t.f. : Silk
19 septembre 2007

Les sens de la vie

Photo Par Karl Filion
François Girard ajoute sa sensibilité à celle du roman d'Alessandro Baricco pour présenter une adaptation qui ne manque pas de qualités et qui a su utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour rendre justice au livre, c'est-à-dire une distribution étoilée et les décors, majestueux, de la France et du Japon. Malheureusement, ce qu'on lui a ajouté nuit beaucoup.

En 1861, Hervé Joncour quitte l'armée pour partir à la recherche d'oeufs de vers à soie afin de nourrir l'industrie grandissante de sa petite ville de la campagne française. Il se rend au Japon, où il découvre non seulement d'excellents oeufs, mais aussi une jeune femme mystérieuse qui l'obsède. Entre sa femme Hélène et le désir de repartir pour le Japon, Hervé est déchiré entre deux passions.

La très minimaliste oeuvre de Baricco est donc transposée au grand écran avec de grands moyens, qui étaient en fait le minimum requis pour lui rendre justice. Les décors japonais construits spécialement pour le film sont d'une beauté remarquable, tout comme, bien sûr, les paysages grandioses du monde d'Hervé Joncour. Le souci du détail de Girard rend d'ailleurs tout à fait féerique ce monde aux préoccupations pourtant cruellement réalistes et primaires. Un brillant travail, digne des attentes énormes suscitées par l'arrivée d'un nouveau film du réalisateur du Violon rouge après neuf insoutenables années.

On reprochera aisément à Soie de ne pas rendre l'émotion vivante et accessible. Cette caractéristique était pourtant l'une des grandes qualités du livre, une certaine cruauté face à la réalité des sentiments humains. Une désillusion et une impuissance qui sont bien palpables dans le film; et il fallait beaucoup d'audace pour se le permettre. Les quelques libertés prises par Girard et le scénariste Michael Golding, notamment au niveau du personnage d'Hélène, font appel à une sensibilité différente, plus commune et bien moins savoureuse, qui exigeait que le film tombe dans la mièvrerie sentimentale, ce qu'il ne fait pas. C'est là, bien sûr, un défaut, puisque le film doit être une entité à part entière, et que ce choix le condamne à donner une place centrale qui ne lui revient pas
à l'amour, dans une histoire qui parle plutôt du sens de la vie.

Soie est une histoire qui, sur papier ou sur grand écran, fait appel aux sens, aux chatouillements du coeur et de l'esprit. La direction-photo parfois aveuglante est parfaite, dans cette optique, et le travail minutieux sur le son l'est tout autant.

Dommage alors que le narrateur, si savoureux dans le roman, omniscient, laconique et honnête, devienne, dans l'adaptation cinématographique, Hervé, tout simplement. Il fait partie du réel et perd ainsi beaucoup de sa puissance poétique et de son charme. Trop présent, ou alors pas assez si on avait choisi de s'accrocher au roman et qu'on l'avait rendu plus rythmé, plus concis. Ce dernier raconte des événements que l'on voit de toute façon. La musique est par moments trop insistante et appuie, encore une fois, des émotions qu'il ne fallait pas invoquer sans aller jusqu'au bout.

Soie, le film, n'est affaibli que par l'existence du livre, matière première ici légèrement trahie par le cinéma. Pour une rare fois, le film est plus long à voir que le livre à lire, et ce qu'on lui a ajouté nuit beaucoup. Girard n'en est pas moins talentueux, et ce qu'il fait, cinématographiquement parlant, est efficace et d'une grande beauté.
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Photo Karl Filion

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