Affiche du film  Si tu meurs, je te tue
© MACT Productions

Si tu meurs, je te tue

Version originale en français
25 mai 2012

Magnifique

Photo Par Karl Filion

Est-ce un drame? Une comédie? Pourquoi pas les deux? Si tu meurs, je te tue, du réalisateur et scénariste kurde Hiner Saleem, est une magnifique surprise, un film d'une belle sensibilité, un savant mélange de moments drôles et de moments tragiques (tout ça sans gâcher son unité de ton) et une joyeuse rencontre entre deux cultures. Parfois burlesque, parfois dramatique, le film séduit malgré tout. « Tout », ça signifie « tout ce qu'il aborde », de la tradition musulmane à la mort d'un ami et d'un fiancé, à la rencontre entre la tradition d'une culture religieuse confrontée à l'occidentalisation. Sans oublier le sous-texte kurde, celui du peuple dispersé, ici réuni dans Paris, qui, elle aussi, représente « Tout ». On n'a même pas encore parlé de l'histoire d'amour...

La grande force du film? Sans aucun doute son scénario magnifiquement écrit, minutieux, cohérent, global, où tous les éléments se répondent et où les personnages, même si on ne les côtoie que pour très peu de temps, sont si efficacement créés par une panoplie de petits détails. Leur bonne foi, leur détresse parfois, même leur humanité transparaît à travers de magnifiques interactions aux nombreux enjeux. On constate d'ailleurs tout de suite que les scènes où les personnages sont seuls sont bien moins efficaces; c'est dans la dynamique de groupe, de rencontre, qu'on en découvre toute la complexité. 

Et tout ça malgré une introduction un peu étrange, dont on peine en premier lieu à saisir toute la portée. Normal, on ne connaît pas encore ces personnages, on n'a pas appris à les connaître. Le réalisateur Hiner Saleem s'en charge par la suite, avec un grand talent. Il peut compter sur l'efficacité de ses acteurs, dont la magnifique Golshitteh Farahani, pour qu'on ait toujours l'impression d'avoir affaire à des humains, avec leurs défauts, et tout en évitant le jugement facile. C'est plutôt le choc des cultures qui est évoqué ici, et non sans humour (« Fais attention, en France, les femmes sont importantes. »). 

Le récit se développe presque miraculeusement vu les nombreux thèmes et personnages impliqués, mais la réalisation demeure fluide et cohérente. Ça aussi, c'est une des grandes forces du film. Ainsi que celle de ne pas aborder « comme d'habitude » les thématiques de l'immigration, du fanatisme religieux, etc. Et nous posons, comme spectateurs, à travers Farahani - sublime, l'a-t-on dit? - notre regard sur ces événements. Tous les acteurs sont d'ailleurs parfaitement en contrôle, qu'ils soient plutôt dramatiques ou plutôt burlesques.

Paris, magnifiquement filmée par le réalisateur, est le théâtre parfait pour cette histoire de rencontres. Il y a bien choses magnifiques dans Si tu meurs, je te tue, mais aucune n'est aussi belle et enrichissante que celle de n'attendre rien d'un petit film méconnu et d'être transporté par son univers. On l'oublie trop souvent.

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Photo Karl Filion

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