Affiche du film  Shutter Island
© Paramount Pictures

Shutter Island

Version en français
v.o.a. : Shutter Island
v.o.a.s.-t.f. : Shutter Island
18 février 2010

La folie est contagieuse

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

La folie est un sujet qui, bien qu'il ait été exploité à de maintes reprises, et ce, dès les balbutiements de l'art cinématographique (notamment dans l'impressionnisme allemand), est moins susceptible de plonger dans la trivialité, dans l'uniformité - tel que les drames post-apocalyptiques ou les récits vampiriques - vu toute sa complexité et sa fragilité. Shutter Island manipule l'esprit des hommes, comme plusieurs avant lui (on n'a qu'à penser à Fight Club ou Memento), mais le fait avec finesse, intelligence et personnalité. Martin Scorsese nous fait goûter l'aliénation et nous convainc des faiblesses de notre conscience par quelques techniques visuelles subtiles – tel que le bris de l'axe de 180o. La violence est davantage psychologique, les mares de sang et les gisements de cadavres ne sont que moindre mal face aux névroses auxquels on nous expose.

Le marshal Teddy Daniels et son partenaire Chuck Aule se rendent dans un hôpital psychiatrique, situé sur Shutter Island, pour enquêter sur la disparition d'une patiente. Tous, employés comme patients, semblent entretenir un terrible secret. Daniels, dont la femme est morte dans un incendie il y a quelques années, tentera de retrouver le responsable de la mort de son aimée dans cette institution qu'il croit être un laboratoire humain.

Le long métrage nous parle régulièrement de techniques de manipulation mentales, des pratiques pour maîtriser l'esprit des hommes, ces mêmes procédés qu'adopte le réalisateur pour obnubiler le spectateur dans son film. On croit tout d'abord à des erreurs, mais on comprend vite qu'un maître comme Scorsese ne se permettra guère des fautes de raccord ou des bris dans son axe de caméra. Certains personnages n'ont plus la même position selon le plan, des objets disparaissent dans d'autres et plusieurs éléments du décor ne bougent plus selon un angle conséquent. Tout ça pour briser nos accoutumances, pour pervertir notre conscience.

La direction photo est sublime, les couleurs, parfois sombres, parfois rutilantes, nous transportent aisément dans cet univers immoral où l'on traite les incurables. Tous les détails; tels que la peinture rouge que l'on utilise pour représenter le sang aux coeurs des rêves troubles de Teddy, les cendres ou les feuilles de papier qui tombent en intempérie autour du protagoniste, sont efficaces et contribuent à la caractérisation de l'univers déjanté qu'a créé Scorsese. Le maquillage mérite également des mentions spéciales, le visage rabouté de Laeddis et les traits difformes de Noyce sont effrayants, cauchemardesques même.

Leonardo DiCaprio est étonnant dans le rôle du policier perdant peu à peu le contrôle de sa lucidité. Il fait aisément vaciller l'auditoire entre mensonge et vérité, fantasme et réalisme. Michelle Williams, qui incarne son ex-femme psychotique, est magnifique, hypnotique. Toujours une frayeur, une témérité dans son regard qui envoûtent immanquablement le spectateur, déjà déconcerté par le travail du réalisateur.

Shutter Island est sans contredit une oeuvre minutieuse que l'on apprécierait davantage après plusieurs visionnements. Tellement d'éléments peuvent nous échapper à la première écoute, tellement de particularités que l'on croyait insignifiantes. Le nouveau film de Scorsese est une expérience, on nous plonge dans un labyrinthe et, sous le regard d'un expert, on nous force à atteindre la fin du parcours sans trébucher dans les pièges que l'on nous propose. Et si les rats que nous sommes parviennent à franchir les obstacles, ils seront alors conscients de la précarité de leur esprit.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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