Affiche du film  Seul en mer
© Les Films Séville

Seul en mer

Version en français
v.o.a. : All Is Lost
23 octobre 2013

Survie

Photo Par Karl Filion

Remarqué pour son intrigant et efficace Margin Call, le réalisateur J.C. Chandor présente un nouveau long métrage où il confirme son talent, cette fois en faisant beaucoup avec peu. L'histoire on ne peut plus simple, la prestation solo de Robert Redford, les effets spéciaux nombreux mais minimaux, l'absence quasi totale de dialogues... malgré tout, ce film parvient à transmettre un sentiment constant de tension et fait même regarder l'inéluctabilité (et l'imminence) de la mort en face comme on le vit rarement au cinéma. Cela rend sa finale mièvre d'autant plus décevante...

Mais n'allons pas trop vite. Lors des premières minutes, l'ambiance en est une de tragédie, alors qu'un conteneur frappe le joli petit bateau de cet homme sans nom qui vogue en solo dans l'océan Indien. On pense que le trou est le début de la fin. Le titre, prémonitoire, ne gardait pas beaucoup de surprise de toute façon : tout est perdu. Mais l'homme, par son sang-froid, réussit à réparer. Retour au calme. Pour encore 90 minutes, le long métrage joue ainsi avec nos nerfs, multipliant les revirements, les malchances et les (faux-)espoirs de sauvetage.

Au centre du film, on trouve bien sûr Robert Redford, 77 ans, qui offre une autre prestation sentie, peut-être sa meilleure depuis des années. Sa plus porteuse, en tout cas, puisque le personnage est ici dépouillé de toutes considérations « subjectives » : origine (bon, probablement Américain, mais...), famille, motivations (excepté survivre, à laquelle il est facile d'adhérer), etc. Bien sûr, ce personnage porte en lui-même beaucoup des qualités qu'on trouvera au jeu de Redford - assurance, détermination, pragmatisme - mais il fallait tout de même un acteur avec du coffre pour maintenir la crédibilité du long métrage qui, il est vrai, accumule les obstacles sans ménagement.

Cette accumulation de « problèmes » mène parfois à quelques redondances au cours du dernier tiers, qui gagnerait en force s'il était un peu plus resserré. Alors qu'on construit si habilement une tension prenante, on la dilue un peu en étirant inutilement « l'agonie ». Simple question de dosage. Malheureusement, la finale, qui se veut apaisante, coupe court, en quelque sorte, aux réflexions métaphysiques et poétiques du spectateur en lui offrant une conclusion plaquée, forcée, qui vient clore un récit qui n'avait pas besoin de conclusion, puisque de la même manière où on ne sait pas d'où vient cet homme, autant où il va n'a pas d'importance.

Reste tout de même un long métrage efficace et engageant, où J.C. Chandor démontre à nouveau son talent pour la direction d'acteur (peut-être pour saisir avec la caméra ce qui fait la complexité de leur jeu, puisqu'il a surtout filmé des acteurs dont le talent était reconnu) et où on peut être le témoin privilégié de tout l'artisanat nécessaire à l'échafaudage d'un long métrage aussi maîtrisé au niveau tension.

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Photo Karl Filion

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