Affiche du film Seigneur de guerre
© Christal Films

Seigneur de guerre

Version en français
v.o.a. : Lord of War
18 septembre 2005

Cris de guerre

Photo Par Karl Filion
Seigneur de guerre est un film étonnant, surtout dans son attitude. Entre le cynisme et la moralité, le film a beaucoup à dire.

Le réalisateur et scénariste Andrew Niccol, responsable de l'étonnant Gattaca et du décevant S1m0ne, s'attaque maintenant, et pas n'importe comment, au problème des armes à feu dans notre monde. En suivant les bons coups et les mauvais coups d'un vendeur international d'armes, il écorche au passage bon nombre d'institutions, à la fois techniques et politiques. Ce qui fait que son film est une expérience troublante, mais criante de véracité.

Dès le générique d'ouverture, il est évident que Seigneur de guerre ne sera pas un film comme les autres. Particulièrement créatif, ce générique donne le ton à un film qui sera jusqu'à la fin un mélange moderne de cynisme, de musique et d'éthique.

Yuri Orlov commence une carrière dans le domaine très lucratif du commerce des armes à feu avec son jeune frère Vitaly. Bien vite, au fil des événements historiques qui se bousculent, il deviendra le plus important revendeur d'armes au monde. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'un agent d'Interpol, les soupçons de sa femme, la dépendance de son frère, le zèle d'un dictateur africain et la moralité viennent tout gâcher de cette vie si agréable.

Seigneur de guerre est donc, d'abord dans son traitement, un film différent. La réalisation particulièrement assurée est souvent déstabilisante, mais parvient à littéralement captiver. Il faut admettre que les événements qui s'enchaînent y sont certainement pour quelque chose, leur intérêt est renouvelé à chaque fois qu'on atteint un autre grand événement de l'histoire mondiale, mais aussi grâce au rythme soutenu, qui ne s'essouffle que légèrement vers la finale. Cette finale, si savoureuse, d'abord parce que même si les événements sont un peu prévisibles ils hypnotisent quand même, et parce que cette opposition morale/survie confère à la scène une intensité dramatique rare. Qui prendra une d'autant plus grande signification un peu plus tard, quand Niccol clôt son récit avec sa plus virulente, et plus évidente, critique.

Niccol parvient, grâce à l'utilisation d'un narrateur, à égratigner l'insouciance occidentale, ce déni, ce refus de voir la réalité en face. Ce refus d'admettre la responsabilité d'événements cruels et barbares, en accusant les autres. Le cynisme du narrateur est convaincant, éloquent. Le scénario conserve un bon rythme et évite les temps morts. L'utilisation de la musique est judicieuse, et même le petit écart romantique est efficace.

La prestation presque désintéressée – en apparence - de Nicolas Cage est tout à fait dans le ton moderne. Le cynisme est à la mode. L'intensité de certaines scènes est d'autant plus convaincante que Cage s'abandonne entièrement, en évitant sagement le mélodrame. Il est supporté par la réalisation, qui sait lui laisser tout l'espace nécessaire.

Seigneur de guerre est un film intelligent, bien monté, bien réalisé et bien joué. Mais c'est encore plus que ça, c'est l'exemple d'un film qui a quelque chose à dire et qui sait comme s'y prendre. La réalisation est juste, les acteurs aussi, le message est lucide, enflammé, touchant, éloquent quoi. Voilà, oui voilà, Seigneur de guerre est un film éloquent. Ce que d'autres auraient dit, il le crie.
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Photo Karl Filion

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