Affiche du film  Sauvages
© Universal Pictures

Sauvages

Version en français
v.o.a. : Savages
6 juillet 2012

Un premier pas

Photo Par Karl Filion

Quel soulagement de retrouver un Oliver Stone cohérent. Ses récents Wall Street: Money Never Sleeps, World Trade Center et Alexander étaient d'inquiétants flottements dans sa filmographie pourtant parsemée d'expériences cinématographiques déstabilisantes et stimulantes. Disons qu'on est plus près, avec Savages, de Natural Born Killers que de ces ratés, ce qui fera du bien à tout le monde, à commencer par Stone lui-même. Bon, on n'y est pas encore et ce Savages demeure bourré de défauts, mais c'est un progrès significatif qui est encourageant.

Cohérent parce que le style de Stone, qui allait de pair avec ses histoires ultra-violentes et son rapport instinctif avec l'image et la couleur (quitte à tomber parfois dans le quétaine), s'applique particulièrement bien au récit de Savages. Un récit qui navigue dans les mondes criminels interlopes du trafic de marijuana, entre le Mexique et la Californie. L'« effet Stone » vient donc styliser cette violence pour en changer notre perception, elle qui est fausse de toute façon (on pense, à un moment, au cas Magnotta en regardant). Quelle différence entre moi (le spectateur) qui regarde ces (fausses) têtes coupées baignant dans un (faux) sang, et moi (le curieux? le pervers? le désaxé?) qui regarde la vidéo d'un vrai meurtre?

Bien sûr, ni Stone ni les producteurs ni quiconque ne pouvait savoir ou même ne sait les détails de cette sordide histoire qui fait frissonner la province. Ce qui nous amène à un autre constat : voilà une position (de spectateur) qui revient souvent, et qui était même déjà évoquée par Stone en 1994. C'est ce qui différencie ce film d'un vulgaire film d'action avec Stallone et ces films de « torture porn » (où la violence est dite « gratuite »), et ce film-ci. Et cela rend son visionnement d'autant plus intéressant qu'il n'est pas vain.

Dommage que le récit en tant que tel ne soit pas à la hauteur de cette réflexion. Les personnages sont définis sommairement et rapidement, ce qui fait que leurs motivations ne justifient pas toujours leurs actions, du moins pas à priori. Ils souffrent aussi d'une brisure de ton, d'une sorte d'ironie sous-entendue qu'on ne saisit que par bribes, à travers le personnage de Benicio del Toro, par exemple. De toute évidence (dans le livre, paraît-il), ce traitement ironique s'appliquait à tous les personnages.

Les trois acteurs principaux - Taylor Kitsch, Aaron Johnson et Blake Lively - sont efficaces, mais ils ne portent heureusement pas le film sur leurs épaules. Leurs personnages sont si stéréotypés qu'ils sont plutôt des symboles qui semblent « représenter » des concepts (un homme complet, par exemple). En ce sens, difficile d'apprécier la nuance dans leur jeu, si elle y est. Idem pour la narration, assez jolie, mais parfois lourde, qui essaie un peu maladroitement de déjouer nos attentes.

Comme cette finale « tricheuse » - mais tricheuse « cheap » - qui utilise un stratagème affreusement faible pour déstabiliser (sans impact émotif) les attentes. Dommage que ce soit sur cette impression particulièrement décevante que nous laisse le film, qui était jusque là parvenu, malgré quelques longueurs, à convaincre. Il y a du travail à faire, mais voilà un premier pas vers un retour d'Oliver Stone.

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Photo Karl Filion

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