Affiche du film  Sans répit
© Métropole Films Distribution

Sans répit

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Restless
28 septembre 2011

Douce agonie

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Gus Van Sant a su se tisser une place de choix au sein des meilleurs réalisateurs américains des dernières décennies; il a la chance de choisir ses projets (un cadeau inestimable qui n'est réservé qu'à quelques cinéastes hollywoodiens) et s'engage rarement dans un film sans envergure morale et/ou intellectuelle. Il a frisé l'Oscar à deux reprises - en 1997 et en 2009 - pour son travail sur les films Good Will Hunting et Milk. Il nous arrive cette fois avec une oeuvre plus intimiste, plus personnelle sur l'histoire d'une adolescente atteinte d'un cancer malin dont l'espérance de vie est de moins de trois mois. Même si le sujet a été exploité à maintes reprises au cinéma et que le long métrage semble parfois forcer le désarroi du spectateur, Restless s'avère tout de même honnête et profond, suffisamment pour ébranler nos convictions et compromettre nos a priori sur la mort.

Même si on aurait préféré que la réalisation s'approche davantage du style marginal et décalé d'Elephant, on ressent tout de même la signature de Van Sant dans la fraîcheur des images et dans leur brillance. Le cinéaste réussit à capter l'essence d'un lieu, à le rendre habitable pour le personnage mais aussi pour le public; autant les complexes funéraires nous apparaissent monotones et insipides, autant l'intérieur de la maison d'Annabel est accueillant, réconfortant. La thématique principale du film est évidemment la mort, l'inexorable finalité de la vie, et comment il est à la fois injuste et inconcevable de devoir dire adieu à un enfant. Malgré la lourdeur du sujet exploité, le scénariste Jason Lewis est tout de même parvenu à ajouter une certaine légèreté à son récit - notamment grâce au personnage du fantôme Hiroshi Takahashi, kamikaze mort pendant la guerre, qui hante le protagoniste et joue avec lui à Battleship - qui nous permet d'aborder le long métrage avec moins de retenue. La musique prend également une place importante au sein de l'oeuvre; à la fois admirative et plaintive, elle incombe souvent une âme aux images, un ton aux situations.

Mia Wasikowska et Henry Hopper forment un fabuleux duo à l'écran. Dès les prémisses, nous croyons à cette idylle que développent les deux adolescents et éprouvons inévitablement de l'empathie pour ce qu'ils vivent. Schuyler Fisk, qui incarne la soeur aînée de la jeune femme malade, est notre point d'ancrage dans cette histoire déchirante. Elle représente la rationalité et porte un regard maternel sur la relation qu'entretiennent les deux tourtereaux.

Souvent poétique, parfois même lyrique, Restless saura inévitablement bouleverser et émouvoir son public, mais cette grande sensibilité - dont le récit est gorgé - devient par moment une faiblesse. On ressent parfois une insistance injustifiée à la morosité, on veut toucher le spectateur à tout prix, jusqu'à déballer les plus vieux clichés du genre; « l'amour qui triomphe de tout, même de la mort » est une conception bien romanesque et utopiste, mais possède des limites évidentes qu'il aurait pourtant été assez facile d'éviter.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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