Affiche du film  Sale prof
© Sony Pictures

Sale prof

Version en français
v.o.a. : Bad Teacher
24 juin 2011

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Les quelques extraits et bandes-annonces de Bad Teacher nous promettaient une comédie irrévérencieuse, choquante, dans un monde qui a souvent été l'instrument d'une révolution positive, un outil d'influence et de changements; celui de l'éducation. Le personnage principal, une enseignante qui agit davantage comme une adolescente retardée que comme un modèle pour ses élèves, semblait être un motif parfait pour la comédie, une entrée en matière lumineuse et féconde. Malheureusement, comme tant d'autres avant elle, l'idée était bonne mais le résultat s'avère décevant et prévisible. La vulgarité n'est pas une avenue répréhensible, au contraire, elle peut être l'amont d'un humour intelligent et efficace lorsqu'on sait en tirer profit - The Hangover serait probablement l'exemple le plus évident. La grossièreté est ici davantage un prétexte pour amuser la galerie que pour faire avancer le récit. Elle est souvent sortie de tout contexte. La protagoniste est suffisamment obscène - par son langage, son attitude, son physique - sans qu'on se sente obligé d'en ajouter dans les quelques scènes où elle ne figure pas (une certaine séquence dans les toilettes des hommes frôle l'inexcusable vulgarité gratuite).

La narration manque de tonus, de constance et de profondeur pour qu'on s'estime interpelé ou concerné. On s'ennuie rapidement d'observer cette roturière se moquer des moins fortunés, voler ses proches et participer à des activités dégradantes pour une simple augmentation mammaire. Pour que l'effet comique ait la valeur recherchée, on doit surprendre le spectateur - dans l'action ou les paroles -, le déstabiliser, même le déranger est permis dans ce genre de comédie. Seulement, dans Bad Teacher, la plupart des blagues sont prévisibles et certains revirements plutôt décevants. Il n'y a rien que cette « adulescente » puisse faire qui nous étonne - même lorsqu'elle pose de bonnes actions et aide son prochain -, tout est si limpide, devinable, qu'on ne peut qu'être rapidement lassé. Heureusement qu'il y a Jason Segel pour nous décrocher quelques rires. L'aplomb humoristique de ce comédien, son sens du rythme, apportent un dynamisme à une comédie, qui, sans lui, serait ennuyante et fastidieuse. Cameron Diaz livre une performance décente mais est prisonnière d'un personnage sans nuance, tout comme Justin Timberlake qui ne démontre en aucun cas les talents d'acteur qu'on lui connaît.

On dénigre le travail de professeur seulement pour lui donner la considération et l'étoffe qu'il mérite. Par ce paradoxe, on tente de glorifier la profession et démonter les nombreux défis auxquels sont confrontés les enseignants - même si évidemment, ce n'est pas le but premier du film. La conclusion « bonbon », facile, n'aide pas non plus le long métrage à se démarquer des autres oeuvres du genre. Bad Teacher déçoit par son manque de rigueur et son injustifiable trivialité. La production pourrait facilement être classée dans le groupe « on a tout montré ce qui était intéressant et drôle dans la bande-annonce », elle n'a rien de plus à nous offrir que quelques allusions maladroites à Mange Prie Aime ou à Twilight et d'autres plaisanteries sur des déviations sexuelles perturbantes. Il faudra attendre encore un peu pour LA comédie de l'été.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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