Affiche du film  Room : Le monde de Jack
© Remstar

Room : Le monde de Jack

Version en français
v.o.a. : Room
28 octobre 2015

Toi et moi contre les autres

Photo Par Martin Gignac

Chaque année, il y a toujours un film indépendant qui se détache du lot. Pensons seulement à Whiplash et Beasts of the Southern Wild qui sont sortis de nulle part et qui sont presque devenus cultes. C'est au tour de Room qui a remporté le prix du public au dernier festival de Toronto. Une récompense qui est généralement réservée à une grosse production qui devient presque du coup favorite aux Oscars.

Sans star ni effets spéciaux, en n'étant ni basé sur une bande dessinée ou une série à succès, ce long métrage n'en demeure pas moins un des plus captivants de 2015. Puisant son inspiration dans les écrits de la romancière Emma Donoghue (qui s'occupe ici du scénario), le récit en est un d'amour et de survie. Entre une mère (Brie Larson) et son fils Jack (Jacob Tremblay) qui sont séquestrés dans la chambre du titre et qui gardent néanmoins le moral. Jusqu'au jour où leur agresseur les oblige pratiquement à saborder leur cocon familial afin de rejoindre le monde réel.

L'effort construit en deux temps s'apparente à une respiration. L'inspiration de la première partie est immédiate et suffocante, pleine de mystère et de suspense. Qui sont ces gens? Pourquoi sont-ils là? Et depuis combien de temps? Un sentiment de claustrophobie en émane et si la résignation n'est jamais bien loin, elle n'éclipse jamais totalement l'espoir. Les affres du quotidien font mal comme dans Oldboy, l'éducation de l'enfant n'est pas nécessairement conforme à la réalité (l'effet Canine) et la relativement bonne santé mentale du duo rappelle celle des adolescents du documentaire The Wolfpack qui n'ont jamais mis un pied à l'extérieur de leur demeure.

Puis survient à mi-chemin une scène éblouissante et inoubliable, la plus puissante de l'ouvrage. Une tentative d'évasion qui laisse béat dans son utilisation du langage cinématographique. Un saut dans le vide où plus rien ne sera comme avant. Pratiquement tous les films américains se termineraient là. Pas Room qui prend le pari de continuer et qui offre une expiration plus clémente, moins éprouvante. Peut-être moins mémorable et un peu plus longuette que la précédente, mais néanmoins essentielle au développement psychologique de ses personnages qui devront réapprendre à faire confiance.

En plus d'être une montagne russe d'émotions fortes, Room fera connaître à un large public des talents qui se devinaient depuis longtemps déjà. Celui du metteur en scène Lenny Abrahamson qui pond son meilleur long métrage en carrière même s'il abuse un peu trop de la musique manipulatrice. Le cinéaste a la réputation de diriger parfaitement ses comédiens - c'était le cas de son surestimé Frank et de son impressionnant mais trop peu vu What Richard Did - et il se surpasse avec le jeune Jacob Tremblay qui offre un jeu d'une spontanéité sidérante. À ses côtés se trouvent la magnifique Brie Larson, figure omniprésente du cinéma indie américain des cinq dernières années qui obtiendra probablement une nomination aux Oscars après avoir été ignorée pour le hantant et bouleversant Short Term 12.

L'exploit de Room est de cacher sous ses dehors de téléfilm de la semaine une âme qui lui est propre. Il s'agit bel et bien de cinéma d'auteur accessible à tous où la qualité de l'interprétation, de la réalisation et du scénario est magnifiée pour créer quelque chose d'infiniment plus beau et inoubliable. C'est ce qu'on appelle un film d'exception.

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Photo Martin Gignac

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