Affiche du film  Ricki and the Flash
© Sony Pictures

Ricki and the Flash

Version en français
v.o.a. : Ricki and the Flash
6 août 2015

La mélodie de la rédemption

Photo Par Martin Gignac

Meryl Streep possède une carrière qui ressemble de plus en plus à celle d'Al Pacino et Robert De Niro. Après des débuts fulgurants dans des oeuvres majeures, elle semble s'asseoir sur son talent en acceptant tout et n'importe quoi. Quel est son dernier très bon long métrage où elle avait un rôle important? Il faut pratiquement remonter à 2002 avec The Hours et Adaptation.

Dans Ricki and the Flash, on retrouve à nouveau l'actrice de Julie & Julia, The Iron Lady et August: Osage County: celle qui en fait trop et qui aimerait tant recevoir une nouvelle nomination aux Oscars. Elle prête maintenant ses traits à une chanteuse - une sorte de Joan Jett - qui a tout abandonné pour sa musique et qui doit renouer avec sa famille lorsque sa fille (Mamie Gummer, la véritable progéniture de Streep) essaye de se suicider.

La pauvre femme débarque dans un univers riche qui ne l'accepte pas d'emblée. Un clash social qui alimentera la plupart des gags. L'éléphant dans le magasin de porcelaine, c'est drôle cinq ou dix minutes. Mais pas 100 minutes. Et comment croire à sa rédemption qui arrive mystérieusement et abruptement auprès de ses enfants? Ce filon n'est pas nouveau et lorsqu'il est bien exécuté, cela donne une production vraiment intéressante comme Nobody's Fool où brillait Paul Newman.

Dans les mains du cinéaste Jonathan Demme, on pouvait s'attendre à mieux. C'est l'homme derrière les classiques cultes The Silence of the Lambs et Something Wild. Le grand amateur de musique - on lui doit quelques documentaires sur Neil Young - qui a offert Rachel Getting Married, ce superbe film sur la famille dysfonctionnelle. On le sent cependant un peu mal à l'aise derrière cette commande où la mise en scène anonyme n'est souvent qu'un prétexte pour allonger les longs numéros musicaux. On savait depuis Mamma Mia! que Meryl Streep aimait chanter, mais il faut lui mettre des mots intelligibles dans la bouche entre deux mélodies.

Un mandat qu'est incapable d'exécuter la scénariste Diablo Cody. Son travail sur Juno avait été remarqué à l'époque (c'était en 2007), sauf qu'il n'y a eu aucune évolution depuis. Elle se permet de reprendre ici le schéma de son décevant Young Adult: celui de la femme enfant. Pas celle qui tend vers la maturité comme Isabelle Huppert dans Copacabana, mais celle qui demeure au niveau de l'adolescente attardée. Avec tous les dialogues attendus qui s'ensuivent.

Quelques-uns font mouche. Cette manie de passer de façon insoupçonnée de la comédie au drame n'est pas banale et si l'émotion n'est pas toujours au rendez-vous, elle a le mérite de sortir momentanément de cet état de farce. On y replonge toutefois trop rapidement (eh oui, il y a une scène de marijuana, le cliché par excellence pour faire du remplissage), enlevant du coup la chance aux personnages d'atteindre une quelconque profondeur.

Entre maman Streep qui prend toute la place, mais qui a au moins fait l'effort d'apprendre à jouer de la guitare et sa fille Gummer qui multiplie les crises et les moues sans s'embarasser de subtilité, le meilleur élément du lot est certainement Kevin Kline en ancien mari. En voilà un autre qui semble avoir perdu de vue sa carrière (depuis 1997 et l'éblouissant The Ice Storm, il n'a rien fait de vraiment exceptionnel) et c'est beau de voir encore le feu sacré s'allumer dans ses yeux. Ses scènes avec Streep sont d'ailleurs les plus réjouissantes, rappelant le couple mythique qu'ils formaient dans Sophie's Choice.

Un film qui comporte dans ses rangs Meryl Streep, Jonathan Demme derrière la caméra et Diablo Cody au scénario ne pouvait pas être mauvais et Ricki and the Flash est l'exception qui confirme la règle. L'exécution est tellement bancale et maladroitement mélodramatique qu'on a seulement le goût de peser sur "mute" lorsque les individus parlent et rompre ce silence au moment des chansons. Et comme il n'y en a aucune de vraiment marquante (ce n'est pas Danny Collins), le plaisir n'est qu'éphémère.

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Photo Martin Gignac

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