Affiche du film  Rhum Express
© Les Films Séville

Rhum express

Version en français
v.o.a. : The Rum Diary
27 octobre 2011

Boire pour oublier

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Heureusement qu'il y a Johnny Depp - pas parce que le scénario de The Rum Diary est inintéressant et futile, au contraire - mais parce que sans la force tranquille et la subtilité de cet acteur extraordinaire, ce film aurait aisément pu tomber dans une langueur inopportune. Nous sommes en 1960, le journaliste et romancier Paul Kemp déménage à Porto Rico pour travailler pour le San Juan Daily News, mais il comprend rapidement que cette ville et ses habitants ont quelque chose de malsain, quelque chose de troublant. Inspiré d'un roman d'Hunter S. Thompson, le même homme qui nous a donné Fear and Loathing in Las Vegas (qui mettait également en vedette Johnny Depp), le film s'enclenche sur le réveil difficile d'un homme éreinté par une soirée de débauche. Cette scène - dans laquelle nous avons la chance de voir un Depp au sommet de sa forme, malgré l'abattement de son personnage -  introduit magnifiquement ce long métrage choyé par un texte raffiné et un humour caustique bienvenu.

Les acteurs de soutien ont aussi beaucoup à apporter à la production - du dérangeant Giovanni Ribisi, toujours exemplaire, au vendu et vénal Aaron Eckhart - mais tous conservent leur position « secondaire » vu la performance saisissante du comédien principal, qui contraint l'attention du public. La réalisation de Bruce Robinson permet également à l'acteur de s'approprier l'écran sans être surclassé par une caméra stroboscopique. Un film qui semble avoir été écrit pour cet acteur aguerri et qui nous permet d'être témoin des nombreuses nuances de son jeu et de son esprit de dérision surprenant (chose qui était pour le moins impondérable dans Pirates of the Caribbean ou The Tourist, par exemple).

La qualité des images est indiscutable; on passe expéditivement (et volontairement) d'un quartier pauvre et délabré au luxe et à l'excès d'une plage privée surmontée par une villa fenêtrée et opulente. La musique, qui prend ses influences dans la culture latine et espagnole, soutient cette histoire avec panache et lui donne un ton particulier, inusité même. Même si le film est imbriqué dans un contexte historique singulier et peu exploité au cinéma, cela ne l'empêche pas d'être compréhensible (pour ceux qui ignoreraient la situation politique des États-Unis à cette époque) et évocateur.

Ce long métrage, que l'on qualifie de chronique (un genre plutôt flou si vous voulez mon avis), penche plus aisément vers la comédie que vers le drame, malgré le cynisme et la mélancolie de certaines situations. L'humour est calculé, mesuré, il n'est pas question ici de blagues de pets ou de gais (ou presque pas), on joue surtout (ou presque) sur des tournures de phrases et sur des sous-entendus intelligents. Peut-être qu'ultimement le film aurait pu profiter d'un quinze à vingt minutes de moins; pour, entre autres, resserrer ses assises, mais l'histoire est suffisamment intrigante pour nous tenir en haleine malgré quelques longueurs inutiles.

The Rum Diary
fait partie de ces petits bijoux indépendants qui passeront inaperçus sous l'éventail de blockbusters qui envahiront bientôt nos écrans pour la période de réjouissance. Qu'est-ce qu'on fait pour remédier à cette situation? On boit (du rhum de préférence) pour oublier.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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