Affiche du film  Renoir
© Métropole Films Distribution

Renoir

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Renoir
10 avril 2013

La muse

Photo Par Karl Filion

À travers toutes les biographies filmées et les reconstitutions historiques dont est peuplé le cinéma, Renoir fait figure de film hybride. Ne se contentant pas d'être le récit de la vie d'un grand artiste - il s'installe plutôt au beau milieu de deux vies; à la fin de celle de Pierre-Auguste Renoir, le célèbre peintre, et au début de celle de Jean Renoir, le célèbre cinéaste de La règle du jeu - le film de Gilles Bourdos s'applique plutôt à saisir le contrepoint humain de la création et de l'inspiration. 

Les oppositions y sont un thème récurrent; le corps meurtri du peintre, son âge avancé, s'opposent à la jeunesse et à la chair de ses modèles, dont la pétillante Andrée deviendra aussi la muse du fils Renoir, Jean, futur cinéaste français majeur. Un film comme celui-ci tire une certaine force de l'idée que les cartes sont déjà jouées, comme si la tension du « futur antérieur » affligeait tous les gestes - on connait déjà leurs conséquences, il ne reste plus qu'à saisir l'émotion qui en découle. À voir la beauté du geste; ce qui, dans un film sur la peinture, s'applique parfaitement, vous en conviendrez.

La réussite du film tient surtout du fait que le réalisateur est bien servi par le jeu de ses comédiens; d'abord un Michel Bouquet affirmé même si un peu académique (la faute au personnage, qui semble constamment donner un cours de peinture), puis par Christa Théret, qui trouve certainement ici son meilleur rôle en carrière, et par le délicat Vincent Rottiers en Jean Renoir.

Le récit de leur relation triangulaire, en vase clos malgré les pressions du monde extérieur (ici la guerre, source de déchirure entre père et fils), permet une étude de personnages qui est souvent imprévisible, mais qui est surtout délicate. Le réalisateur n'insiste pas trop, laisse à voir, laisse au spectateur l'occasion de s'imprégner de la lumière. Cela fait de ce film un moment assez éphémère dont il est difficile de tirer des scènes fortes, mais qui évite aussi les pièges d'un mélo trop appuyé.

Ce que le film accomplit au niveau de la reconstitution historique et humaine, il le rate au niveau de la reconstitution picturale. Si Théret, en modèle, passe beaucoup de temps à poser (nue, d'ailleurs), on ne sent jamais dans les compositions l'élan artistique de Renoir, comme si le film passait bêtement à côté. Ce n'était peut-être pas le propos, et heureusement, cela n'est pas fatal à un film qui est construit sur de fortes bases, mais cela empêche peut-être Renoir d'être un grand film.

On a plutôt droit à un exemple de travail bien fait, par des artisans consciencieux qui ont apparemment une passion sincère pour leur sujet. C'est déjà beaucoup.

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Photo Karl Filion

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