Affiche du film  Regression
© Remstar

Régression

Version en français
v.o.a. : Regression
15 avril 2016

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Photo Par Martin Gignac

Le destin d'Alejandro Amenabar est à la fois étonnant et cruel. Le réalisateur espagnol d'origine chilienne avait tout pour imiter Alejandro Gonzalez Inarritu, Alfonso Cuaron et Guillermo del Torro et devenir un des grands cinéastes de sa génération. Son surprenant Ouvre les yeux a été refait sous le titre Vanilla Sky, l'angoissant The Others a offert à Nicole Kidman un de ses plus grands rôles et le déchirant La mer intérieure a obtenu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. C'était il y a plus d'une décennie. Depuis cette époque bénie, il y a eu le fascinant Agora de Rachel Weisz qui est sorti au Québec directement en dvd et maintenant Regression qui porte bien son nom.

Ce film revient en fait à ses premières amours qui se retrouvaient sur son Tesis en 1996: du suspense, des frissons, de l'angoisse, des éléments horrifiques, inquiétants et d'autres surnaturels. D'importantes qualités dans un drame d'épouvante dont l'amalgame fait ici défaut. La technique bien huilée offre son lot de mélodies sinistres et de décors étouffants, de cris diffus qui donnent froid dans le dos et d'une pénombre grisâtre qui semble tout vampiriser sur son passage. Une mise en scène stylisée quoique précieuse qui tente de cacher l'essentiel: la fadeur du propos.

L'histoire mince comme un fil tourne autour d'un crime sans souvenir, d'une technique de régression qui permet de plonger dans les sensations et les images passées, d'une victime (Emma Watson) de rites sataniques et d'un inspecteur (Ethan Hawke) qui fera tout pour découvrir la vérité. Le récit prévisible et parsemé d'invraisemblances ne tient pas la route très longtemps et il n'est guère engageant. À force de tâter les genres (le drame psychologique, le thriller, l'horreur), la production n'en choisit aucun, pillant ce qui faisait la force de The Exorcist et Rosemary's Baby pour en ressortir un ersatz sans personnalité.

Une simple série B digne d'un banal épisode des X-Files qui se prend terriblement au sérieux et où Ethan Hawke semble être sur le pilote automatique. On est loin de sa prestation déchirante de Born to be Blue. Emma Watson est à peine mieux, n'arrivant pas toujours à trouver ses repères dans ce personnage central qui aurait dû apparaître davantage. Sa réunion avec son collègue d'Harry Potter, David Thewlis (alias Remus Lupin), tourne court puisque les deux acteurs ont très peu de scènes en commun. Le comédien si grandiose dans le Naked de Mike Leigh est sous-utilisé, au même titre que Lothaire Bluteau, notre trésor national qui a marqué Le confessionnal de Robert Lepage et qui apparaît en révérend.

Il est facile de voir ce qui a attiré Alejandro Amenabar dans ce conte qui serait inspiré de faits véridiques. L'éternelle confrontation entre l'illusion et la raison, la foi et la science ont toujours été au centre de son cinéma. Face à l'impitoyable réalité, mieux vaut s'immoler par le rêve, conscient ou pas. Il n'y a cependant aucune échappatoire possible et malgré son désir de déchiffrer les mystères du cerveau humain, Regression n'est qu'une simple esquisse d'un meilleur film, qui aurait mérité un script beaucoup plus abouti et nuancé. Espérons que le cinéaste saura se relever de cette débâcle et qu'il ne faudra pas attendre un autre sept ans avant d'avoir de ses nouvelles.

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Photo Martin Gignac

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