Affiche du film  Rapt
© Diaphana Films

Rapt

Version originale en français
16 juin 2010

Un peu de compassion

Photo Par Karl Filion

Rapt est un film français qui est en fait deux films en un. Le premier est un film d'enlèvement assez classique, avec une enquête et des décisions difficiles à prendre (payer ou ne pas payer? négocier? contacter la police?). Le tout fonctionne assez bien, en particulier lorsque les geôliers se décident à engager une joute psychologique avec leur otage. Le deuxième film, c'est celui de la libération, celui de « l'après », des conséquences sur la vie d'une famille bourgeoise dont la vie privée a été exposée dans les journaux à potins. Les deux films sont incomplets et d'intérêt fort inégal.

Stanislav Graff est le président d'une grande multinationale. Un jour, il est enlevé devant son domicile par un groupe bien organisé, qui demande une rançon de 50 millions d'euros. Incapable de payer plus de 20 millions d'euros, la famille de Stanislav, qui refuse de s'adresser à la police, essaie de négocier. Mais les ravisseurs ne veulent rien entendre. Séquestré dans des conditions de détention exécrables, Stanislav se referme sur lui-même, tandis que dans les journaux on fait état de ses infidélités et de ses dettes de jeu. La police s'implique finalement dans l'enquête et Stanislav est libéré. Mais les dommages causés à sa réputation sont irréparables.

Les ressorts habituels des films d'enlèvement sont apparemment maîtrisés par le réalisateur Lucas Belvaux, qui s'acquitte de sa tâche avec talent mais sans passion. La reconstitution des filatures, des coups de fil et des conditions de détention est plausible, efficace dans une certaine mesure, mais pas enivrante. On constate les ressorts dramatiques sans les vivre entièrement. Heureusement que la performance inspirée d'Yvan Attal, entièrement dédié à la vraisemblance, s'avère véritablement prenante dans le rôle principal.

Si on se verrait mal reprocher quoi que ce soit au jeu incarné d'Attal, on ne peut en dire autant des personnages secondaires, qui sont souvent fades. Ils ne nuisent en rien au bon déroulement du récit et ne sabotent pas le film, ils sont simplement trop ternes pour en faire oublier les flottements et les quelques failles narratives. On se demande, par exemple, pourquoi les ravisseurs opèrent un changement si radical dans les conditions de détention. Ou pourquoi, en homme intelligent, Stanislav ne se contente pas de retrouver sa famille et de réparer les pots cassés une fois libéré.

D'autant que les deux films sont incomplets. Et puis, entre nous : une fin ouverte, oui, mais pas comme ça. C'est presque indécent de terminer le film ainsi, puisque c'est la décision manquante qui va définir une bonne fois pour toutes le personnage, et qui va justifier son évolution psychologique, qui était justement au centre du film. Car, ce n'est finalement pas deux films qu'on a vus, mais un seul, et il s'intéressait aux séquelles psychologiques d'un homme victime d'un enlèvement. L'enlèvement lui-même est circonstanciel, obligatoire. Mais qu'en est-il de cette évolution psychologique? Que propose le film, en fin de compte?

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Photo Karl Filion

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