Québec sur ordonnance

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Quebec Under the Influence
5 octobre 2007

Un constat dépressif

Photo Par Karl Filion
Paul Arcand tire de tous bords tous côtés avec ce nouveau documentaire. Une belle idée d'aborder le système de santé québécois sans commencer par les sempiternelles rengaines des urgences bondées et des listes d'attentes, d'autant que la situation décriée ici n'est pas moins dramatique. Les Québécois consomment beaucoup de médicaments, voilà le point de départ. Pourquoi? Le journalisme d'enquête devenu divertissement.

Après l'insupportable Le voleurs d'enfance, fieffé manipulateur, honte à l'intelligence, Arcand resserre un peu mieux ses interventions et utilise plus efficacement ses témoignages pour démontrer au lieu de suggérer. C'est beaucoup plus efficace et bien plus crédible, même si des scènes de mains qui s'échangent des médicaments viennent un peu gâcher la facture visuelle qui était, quand même, plus qu'acceptable. Arcand connaît bien son médium et son public, et il sait utiliser les ralentis et les répétitions pour appuyer son propos, qu'il livre lui-même en voix-off. Pas très subtile mais efficace. Il parvient aussi à faire mal paraître le ministre Couillard, pris au piège et desservi par un montage nerveux et essoufflant.

Poser les vraies questions, c'est toujours une bonne idée. Mais impossible de donner les vraies réponses, puisque personne ne veut les donner de toute façon. Et on risque bien de manquer de temps, si on décide de s'attaquer au lobby des compagnies pharmaceutiques, aux effets secondaires, à la surconsommation, aux erreurs médicales, aux enfants, au manque d'études sérieuses, à l'achat sur internet, au copinage entre le Ministère de la Santé et les gros noms du milieu pharmaceutique, tout ça en moins de deux heures. Pas facile de bien cerner les causes et les solutions, qui manquent d'ailleurs cruellement à la fin de Québec sur ordonnance.

De nombreux médecins et pharmaciens viennent témoigner pour se justifier, expliquer ou démontrer leur vertu. Beaucoup d'information, d'intervenants aussi, pour la plupart bien connus et bien placés, preuve que la recherche d'Arcand est irréprochable. C'est la finition qui manque, la cohérence d'ensemble. Syndrome d`un trop grand enthousiasme face aux dénonciations possibles ou simple manque d'expérience? Peut-être pencherons-nous pour la deuxième possibilité parce que, par rapport au précédent documentaire, l'amélioration est immense.

Si le sujet est intéressant, certaines maladresses font littéralement rougir. Des reconstitutions maladroites et le ton dramatico-alarmant font perdre un peu de sérieux au propos.

On ne juge pas un documentaire comme Québec sur ordonnance comme le reste du cinéma. Les deux n'ont rien à voir. D'abord parce que de reprocher au film sa mauvaise qualité d'image n'est pas lui rendre justice. Bien sûr, le film emprunte énormément à cette culture de l'éducation par le divertissement, à la Michael Moore, et est dans cette optique plutôt réussi. Mais il ne faut pas appeler ça du cinéma.
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Photo Karl Filion

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