Affiche du film Que Dieu bénisse l'Amérique
© Christal Films

Que Dieu bénisse l'Amérique

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Que Dieu bénisse l'Amérique
15 février 2006

La bénédiction Morin

Photo Par Karl Filion
Un film de fiction très près de Robert Morin, avec son humour particulier, son auto-dérision particulière qui donnent un intérêt tout particulier à ce nouveau film et qui en font une expérience unique et à ne pas manquer.

Le réalisateur de Le Neg' et de Requiem pour un beau sans-cœur ne renie pas complètement son passé de vidéaste dans ce film de fiction pure qui tourne autour d'un groupe de personnages savoureux. Une fiction sur l'indifférence, sur le malaise, qui est pourtant drôle. Pas étonnant que Robert Morin soit derrière tout ça.

Le matin du 11 septembre 2001, tout un quartier de Laval se réveille avec une autre victime de l'Alimenteur, un tueur en série qui s'attaque aux prédateurs sexuels remis en liberté. Pendant que le détective Maurice Ménard mène l'enquête, Pierre St-Roch, un de ces prédateurs en liberté, tente de trouver un peu d'argent. Autour d'eux, une mère célibataire en manque d'amour, un policier mal en point, sa femme qui le quitte et un paysagiste au lourd passé. Des voisins qui se connaissent mal, mais qui devront apprendre à vivre ensemble.

On pourrait rebaptiser Que Dieu bénisse l'Amérique en L'amitié selon Morin. En effet, parce qu'on reconnaît vite dans son nouveau film la signature du réalisateur, à la fois dans la précision et l'ironie des dialogues que dans l'utilisation de « bulles téléphoniques ». Et parce que le sujet principal de son film au fond, c'est bien la relation pudique que développent lentement ces voisins solitaires. Cette amitié silencieuse qui se développe un peu contre toute attente. On sent vite fait le jugement qui sévit dans ce quartier, un jugement qui provient – probablement comme tous les autres – de l'ignorance. Sans dire que Morin dénonce, disons simplement qu'il permet un regard neuf sur une question de société d'importance : la liste des prédateurs sexuels. Si ce n'est certes pas le sujet principal du film, difficile de s'empêcher d'y penser.

Sinon, l'ensemble du scénario s'avère très efficace. Le montage parallèle permet de garder un intérêt constant dans le déroulement du récit, de conserver un certain mystère sur l'identité du tueur jusqu'à tard dans le film. L'ignorance généralisée fait que tout le monde peut être coupable, et tout le monde a une raison de l'être. Les dialogues sonnent justes, ont un bon rythme et demeurent sans prétention. Une fable noire, qui compte un peu sur les coïncidences et qui évite les morales. Pas que Morin n'a rien a dire, simplement que ce n'est pas le propos qu'on pourrait chercher qui est le plus important.

L'ensemble de la distribution offre une excellente performance. Les Gildor Roy, Sylvie Léonard, Sylvain Marcel, Gaston Lepage et Marika Lhoumeau donnent vie à des personnages intéressants et crédibles. Pas toujours très volubiles, ces personnages sont « du vrai monde », et vivent sous nos yeux.

Ce qu'on a dit du 11 septembre le 12 septembre était probablement aussi injuste que ce qu'on dit aujourd'hui sur Que Dieu bénisse l'Amérique, parce qu'il est impossible de complètement saisir une telle œuvre. Robert Morin présente un film très efficace, très drôle mais surtout prenant, engageant. Une fable moderne qu'il ne faut pas manquer.
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Photo Karl Filion

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