Affiche du film  Qu'un seul tienne et les autres suivront
© FunFilm Distribution

Qu'un seul tienne et les autres suivront

Version originale en français
16 février 2011

Ici comme ailleurs, j'ai besoin de toi

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

C'est maintenant presque une évidence : les films français ne connaissent que très peu de succès auprès du grand public québécois. Cette différence rencontrée dans les oeuvres étrangères peut être prolifique pour le cinéphile comme pour l'humain; il suffit de choisir la bonne production. Qu'un seul tienne et les autres suivront fait partie de ces drames puissants qui transcendent les allégeances et les cultures pour nous livrer un message d'amour et d'espoir sans tomber dans le sermon. C'est un récit humble, révérencieux, qui nous montre, avec pudeur, à quel point l'homme a besoin des autres pour survivre, peu importe son niveau d'indépendance ou d'autonomie.

Trois récits se déroulent en parallèle. Stéphane a d'importants ennuis monétaires. Lorsqu'un étranger lui propose un coup qui pourrait le rendre riche, il y réfléchit très sérieusement malgré les soucis moraux qui y sont associés. Laure est tombée follement amoureuse d'Alexandre, un jeune délinquant mystérieux, mais lorsque ce dernier se retrouve en prison pour avoir violenté un officier de la loi, leur amour est mis en péril. Quant à Zohra, elle s'entête à vouloir comprendre les raisons qui ont poussé l'assassin de son fils à commettre ce geste irréparable.

Tout le film est baigné par un esprit de contemplation ainsi que par une volonté de réalisme et d'authenticité manifeste. Les dialogues n'ont qu'une importance secondaire dans le récit - plusieurs sont même masqués par les bruits ambiants et par la musique extra-diégétique (comme un secret qu'on laisse la chance au public d'interpréter), l'émotion passe principalement par le jeu honnête des acteurs et par le naturel des situations. Pas d'artifices, pas de fourbes stratagèmes pour entretenir à tout prix l'attention des spectateurs, que des évènements parfois surprenants dans un monde toujours ordinaire. La qualité photographique de certains plans est aussi responsable de l'aspect captivant, envoûtant du long métrage.

L'ambiance sonore concorde également avec cet état réflexif qui habite le film. Le bourdonnement des voix environnantes, le tintamarre du trafic, les cris hystériques des bambins et les réprimandes musclées de leurs parents ne sont pas oubliés ou minimisés comme c'est souvent le cas au cinéma. Ce sont en fait ces clameurs anodines qui sont la véritable musique du film - les scènes qui se déroulent dans le parloir de la prison sont bruyantes jusqu'à en être agaçantes, et c'est là pourtant l'une des qualités premières du film. Les lamentations du violoncelle ou tous ces arrangements harmoniques qui ont été ajoutés à la trame sonore s'avèrent finalement plutôt inutiles et détonnent souvent avec la démarche épurée de l'oeuvre en question.

Cette lourdeur, cette force silencieuse qui régit certaines oeuvres françaises - et qui dérange souvent le spectateur nord-américain - est encore présente dans ce drame de Léa Fehner, mais l'hétérogénéité des sujets exploités et l'authenticité de ces derniers nous rapprochent du style particulier de nos cousins. Parce que même si leur cinématographie est différente de la nôtre, comme nous le montre ce film de qualité, nous avons besoin des autres pour nous épanouir.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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