Affiche du film  Qu'est-ce qu'on fait ici?
© Funfilm

Qu'est-ce qu'on fait ici?

Version originale en français
25 septembre 2014

Yo les jeunes

Photo Par Karl Filion

Lors de sa sortie en 2010, Tromper le silence a permis de reconnaître une auteure prometteuse qui avait des choses uniques à dire. Malgré quelques défauts, le long métrage proposait des émotions crédibles présentées humblement, des acteurs dans le ton et un lien (à peaufiner, mais palpable) entre ces émotions et leur expression artistique. En voyant Qu'est-ce qu'on fait ici? toutefois, on se demande où cette auteure est partie.

Portrait d'été d'une jeunesse diversifiée mais intangible, le long métrage est d'abord structurellement imparfait, la cause (la mort tragique d'un ami) n'étant que partiellement liée aux conséquences sur la vie des personnages principaux, quatre jeunes adultes qui opèrent un changement profond dans leur vie. C'est le lot des personnages de cinéma, qui n'existent que le temps de vivre une transformation psychologique entre l'élément déclencheur d'un film et le générique, que de subir une transformation. C'est élémentaire, mais c'est parce que c'est efficace. Les personnages de Qu'est-ce qu'on fait ici? ne doivent leur transformation qu'à eux-mêmes et à quelques manipulations scénaristiques, des circonstances/coïncidences, vides dramatiquement et enrobées d'un lourd pathos qui ont en plus l'air de revirements d'émissions jeunesses.

Le noeud dramatique le plus prenant, impliquant un cadeau laissé par le défunt, est tout bonnement délaissé alors qu'on croyait enfin pouvoir lier toutes les trames de ce film, parfois lourdement stéréotypées. Ces personnages qui s'aiment sans se le dire ont parfois l'air de psychopathes observant leur proie et semblent incapables du moindre contact social dit « normal »; ces personnages agissent comme s'ils étaient seuls dans leur univers, et on les méprise pour cela. Ils sont là à s'enfuir d'une balade à vélo, à espérer que de dévoiler leur amour à un ami proche fonctionne à tout coup et sont furieux lorsque ce n'est pas le cas (leurs boîtes sont prêtes, anyway, au cas où ils voudraient déménager sur le champ), tels que le feraient... des personnages de cinéma. L'identification est impossible, elle était pourtant essentielle.

Il est d'ailleurs inconcevable qu'on puisse rendre de jeunes acteurs talentueux tels que ceux-ci aussi maniérés, aussi grandiloquents, l'absence de signature, d'un style spécifiquement cinématographique, n'aidant en rien. Les dialogues non plus d'ailleurs; ils sont souvent risibles (« parce qu'il y a des gens qui meurent! »), entre les conseils de vie et les mots d'auteur que personne ne prononcerait jamais dans un univers crédible. Il faut y ajouter des impossibilités scénaristiques (non, on ne gagne pas le respect des ados en les battant au baby-foot, pas plus qu'on supplie pour un emploi dans une Maison des jeunes en pleurant devant le responsable).

On l'a dit, les problèmes sont nombreux. Il y a quelques moments inspirés, quelques scènes glanées ici et là qui permettent d'entrevoir des personnages crédibles qu'on devine cachés quelque part. Ces moments sont malheureusement trop peu nombreux. Dommage.

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Photo Karl Filion

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