Affiche du film  Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?
© AZ Films

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?
31 juillet 2014

C'est quoi la différence entre...

Photo Par Karl Filion

En humour, la question du racisme est délicate, et d'autant plus au cinéma, car le risque du pamphlet est omniprésent. La différence entre un film à thèse et une simple comédie est souvent liée à la perception des spectateurs, ce qui rend l'exercice d'autant plus complexe que les intentions ne se traduisent pas toujours à l'écran (surtout que les intentions, on s'en fout de toute façon). Le succès qu'a rencontré et que rencontre toujours en France Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? est sans aucun doute lié à son traitement « équitable » du racisme, plutôt que d'en dénoncer la dynamique dominante « l'Homme blanc vs. tous les autres ». Comme quoi la mixité, ça marche aussi avec les blagues ethniques.

Le film de Philippe de Chauveron se dédie entièrement à la comédie, proposant une mise en situation tirée par les cheveux (comme il se doit, diront certains) où les trois premières filles d'un bourgeois de province gaulliste épousent respectivement (et en cinq minutes, premier moment inspiré de cette comédie) un Juif, un Arabe et un Chinois. La quatrième, elle, va marier un catholique... ivoirien, dont le père garde le souvenir des colonies bien vivant. L'hypothèse que sous-tend le film demeure la même du début à la fin : les stéréotypes raciaux sont basés sur quelque chose, et cette chose est drôle.

Et pendant un certain temps, elle l'est véritablement. L'observation est efficace et le scénario en tire profit, multipliant les blagues (sous forme d'insultes agressives passives, le plus souvent), mais surtout grâce à un montage convaincant qui maîtrise le rythme de la comédie française. Contrecoup cependant : la structure emprunte souvent au film à sketchs, ce qui rend le récit moins cinématographique et surtout moins efficace dans la deuxième partie.

Multiplication des personnages, multiplication des péripéties, il y a tellement de possibilités qu'évidemment un grand nombre d'entre elles fonctionnent. Il faut dire que l'énergie des comédiens y est aussi pour beaucoup : Christian Clavier déride en père de famille soumis à un stress constant de voir ses filles se marier avec des hommes de tous les horizons sans paraître raciste, et sans choquer personne. Les nombreux acteurs secondaires, tous charismatiques, ne s'en laissent pas imposer non plus.

Ce qui fonctionne dans le cas de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?, c'est que tout paraît naturel, de l'interprétation aux blagues, assez bien trouvées, qui parviennent aussi à étonner. Sans doute parce qu'elles cernent avec perspicacité des travers sociaux que l'on reconnaît. Si la comédie est mieux indiquée, ce n'est que parce que les opinions y sont moins affirmatives, et que le spectateur n'a pas l'impression de se faire faire la leçon.

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Photo Karl Filion

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