Affiche du film  Born to be Blue
© Les Films Séville

Pour l'amour de la musique

Version en français
v.o.a. : Born to be Blue
10 mars 2016

Mon héroïne

Photo Par Martin Gignac

À force de suivre la carrière d'un acteur, il est facile d'évaluer son style, de déterminer ses forces et ses limites. Découvert dans Explorers il y a plus de trois décennies et confirmé grâce au puissant Dead Poets Society, Ethan Hawke a généralement été associé à des romances édifiantes et à de sombres drames où il jouait la plupart du temps des flics ou des écrivains. Des nombreux longs métrages qu'il a tournés, seuls Richard Linklater, Andrew Niccol et Sidney Lumet ont su soutirer le meilleur de lui. C'était avant Born to be Blue où il décroche un des plus beaux rôles de sa filmographie.

Le comédien prête ses traits et sa voix au trompettiste et chanteur Chet Baker, le James Dean du jazz qui était au sommet de sa popularité au milieu des années 60. Un musicien sexy, charismatique et héroïnomane qui a dû réapprendre à jouer et à regagner le respect de ses pairs après avoir été tabassé sérieusement par ses vendeurs de drogue. Une figure tragique que Hawke livre à la perfection, faisant ressortir une humanité et une sensibilité qui transcendent les stéréotypes en place. L'interprète a beau en faire trop par endroits, sa prestance magnétique surprendra même ses plus ardents admirateurs.

Son jeu atteint des sommets lorsqu'il est en compagnie de Carmen Ejogo. Celle qui brillait comme un joyau brut dans l'excellent Selma est étonnante d'aisance dans ce personnage un peu ingrat d'amoureuse dévouée. C'est ce duo incendiaire entre la belle et l'artiste déchu qui se trouve au coeur du récit, qui est plus intéressant en tant que fresque romanesque que comme biopic musical.

Born to be Blue essaie peut-être d'éviter les clichés d'usage en ne séparant pas son histoire en trois actes (gloire, déchéance, renaissance), sa façon de traiter de la dépendance dans l'art qui fait constamment face à l'amour salvateur n'est pas particulièrement nouvelle. Le scénario est riche en moments attendus, ne surprenant pratiquement jamais au fil d'une progression trop ordonnée. Il est pourtant question de jazz, d'improvisations qui font toute la différence. Une notion largement sacrifiée, au même titre que cet aspect de film dans le film abordé au tout début et ce désir d'insuffler une grande dose de fiction à ce parcours "véridique".

Ce ton classique se fait également ressentir au niveau de la mise en scène. Le cinéaste Robert Budreau (le créateur de l'oubliable That Beautiful Somewhere) est sans aucun doute un grand adepte de musique pour avoir offert par le passé Dream Recording et The Deaths of Chet Baker, cela ne rend pas sa réalisation moins télévisuelle pour autant. Le budget serré peut expliquer une recréation d'époque trop artificielle, mais certainement pas ces allers-retours mécaniques entre la couleur et le noir et blanc, un montage parallèle qui laisse à désirer et ces abus de symboles primaires comme l'araignée et le tunnel. Il sacrifie tout à ses protagonistes, empêchant du coup l'atmosphère de se développer. Les néophytes découvriront des compositions inestimables, alors que les admirateurs resteront sur leur appétit, retournant rapidement vers quelque chose de plus nutritif comme le consensuel Ray et surtout l'exquis Round Midnight de Bertrand Tavernier.

Peu importe au final que le film porte sur le jazz ou sur Chet Baker. Born to be Blue est surtout une occasion pour Ethan Hawke de briller plus fort que d'habitude. Avec l'éblouissante Carmen Ejogo, il forme un couple sensuel et crédible, qui n'arrive pas toujours à jongler correctement avec les conventions de l'éternelle biographie musicale. Peut-être que la vedette masculine aurait dû mettre en scène elle-même ce long métrage. Sa seule et unique réalisation, le fort intéressant documentaire Seymour: An Introduction, portait également sur un musicien hors de l'ordinaire et son traitement était à la hauteur de son sujet.

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Photo Martin Gignac

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