Affiche du film  Piché : Entre ciel et terre
© TVA Films

Piché : Entre ciel et terre

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Piché : Entre ciel et terre
6 juillet 2010

Deux ou trois mots clés

Photo Par Karl Filion

Après l'expérience peu concluante de Pour toujours les Canadiens, le réalisateur Sylvain Archambault devait absolument rétablir sa réputation de « meilleur réalisateur de télévision à ne pas avoir encore fait de cinéma (avec Podz) ». Ses succès à la télévision n'étaient pas incompatibles avec le cinéma, il suffisait de prouver qu'il était en mesure de les transposer de l'un à l'autre (suffit de faire les bons choix). Il y parvient, grâce à la performance inspirée de Michel Côté (qui décidément ne semble pas capable de se tromper) et d'une réalisation souvent précise et convaincue. Il n'est pas question de démarrer un courant artistique avec Piché : Entre ciel et terre, mais bien de raconter une histoire avec efficacité. Deux mots-clés qui prévalent dans le cinéma populaire. On parle presque d'une dictature.

La réalisation d'Archambault fonctionne en deux temps : elle est hésitante lorsqu'elle essaie d'être théorique, c'est-à-dire d'appliquer des concepts pour les transformer en émotion (gros plan, montage nerveux et musique, qui, en théorie, devraient créer de la tension). Elle est cependant particulièrement efficace lorsqu'elle mise sur l'efficacité, lorsqu'elle s'applique à placer les éléments dans leur contexte spatial et temporel sans essayer de les manipuler. Il y a assez d'événements dans la vie de Robert Piché pour faire un film palpitant sans surdramatiser en mettant un visage sur les passagers du vol Air Transat 236 ou en prenant en pitié ses anciennes femmes. Mais la conclusion fonctionne si bien, elle est si efficace qu'on oublie ces légers accrocs.

Le scénario de Ian Lauzon donne lui aussi dans le théorique (ellipse entre la prison de Géorgie et la cellule du centre de désintox, chronologie éclatée) afin de raconter cette histoire digne d'une télésérie lourde en treize épisodes : problèmes d'alcool, problèmes familiaux, problèmes juridiques et exploit de pilotage. Oui, certaines scènes sont moins réussies (particulièrement au sein du noyau familial), mais la construction dramatique est exemplaire et fonctionne merveilleusement parce que le réalisateur a su où insister pour faire ressortir les nombreux moments forts de la vie mouvementée du commandant Robert Piché. Les performances de Côté et de son fils Maxime Leflaguais tiennent le film ensemble lorsqu'il chancèle entre une séance de thérapie et une scène en prison.

Ce qui est dommage (et, entre vous et moi, on s'y attendait) c'est qu'on rajoute au mythe d'héroïsme qui s'est bâti autour de Robert Piché. Il a été arrêté en Géorgie parce qu'il transportait de la drogue? C'est parce qu'il avait perdu son emploi et qu'il crevait de faim, voyons! Ce n'est pas un criminel! Il conserve bien sûr sa virginité anale (ce qui est une petite victoire pour le héros d'un film lorsqu'il est emprisonné) et se réconcilie avec sa fille à la fin. Le happy end demeure et demeurera impossible à manoeuvrer convenablement au cinéma; comme si un film ne pouvait être complet s'il n'est pas rassurant. On parvient même à écarter les doutes de la possible erreur de pilotage commise par le commandant lorsqu'il a transféré de l'essence au moteur endommagé...

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Photo Karl Filion

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