Affiche du film  Philomena
© Les Films Séville

Philomena

Version en français
v.o.a. : Philomena
29 novembre 2013

La vieille dame qui avait perdu son bébé

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Ce n'est pas d'hier que le cinéma s'inspire de la vie réelle pour émouvoir son public. Malheureusement, ces transpositions au grand écran ne sont pas toujours des réussites, et finissent plus souvent qu'autrement à l'horaire télé d'un dimanche après-midi du mois de juillet. Philomena, qui dépeint l'histoire vraie d'une femme élevée chez les soeurs qui tente, cinquante ans plus tard, de retrouver son fils que les nonnes ont donné en adoption, peut paraître insignifiant à première vue, mais il ne l'est pas. La principale raison de cet évitement de l'aberration et du convenu réside dans la performance incroyable des acteurs principaux. Judi Dench et Steve Coogan sont incroyables et tiennent ce drame biographique à bout de bras du début à la fin.

Dès les premières scènes, Dench et Coogan donnent le ton à l'oeuvre et un juste aperçu de la personnalité flamboyante de leur personnage respectif, parvenant à les rendre sympathiques et attachants d'emblée. Cette vieille dame qui lit des romans arlequin et qui aime fréquenter des petits restaurants de quartier convivial n'a rien en commun avec ce journaliste mondain de la BBC, et pourtant ils fraternisent de belle façon et apprennent l'un de l'autre jusqu'à communiquer ces apprentissages au public attentif. La rencontre entre ces deux individus si différents est la principale force de l'oeuvre. Les protagonistes et les acteurs qui les interprètent sont une raison suffisante pour se déplacer dans les salles.

Philomena jongle aussi efficacement entre le passé et le présent. Il y a des choses que l'on choisit de nous montrer, d'autres que l'on préfère nous raconter, mais toutes les informations nous sont rapportées dans un équilibre cohérent et pertinent. Le montage rythmé explique, en grande partie, l'absence (presque totale) de longueurs. Évidemment, il faut aussi féliciter la qualité du scénario (un scénario qu'on a soûlé d'éloges lors du plus récent Festival du Film de Venise) et l'intelligence des dialogues pour cette absence de temps morts. L'action n'est pas toujours à son comble et il arrive que certaines scènes soient plus lentes, mais on a visiblement porté une attention particulière à ce que le public reste intéressée par l'histoire de cette femme et ne s'ennuie pas à l'écouter nous la raconter.

Stephen Frears a choisi une réalisation sans fioritures, honnête et discrète. Comme le rendu final est fort acceptable, il serait peut-être de mauvaise foi de condamner son manque d'originalité, mais une personnalité plus assumée dans ses images aurait pu apporter encore davantage à cette histoire de famille et de trahison. Le long métrage exploite des thématiques très pertinentes de racine, de tolérance et de pardon; des sujets qui ne sont pas souvent exploités au grand écran. Ou du moins, moins de notre temps.

Philomena est plus qu'un joli petit film, c'est une histoire douloureuse et inspirante rendue par de grands acteurs compétents et par une pudeur cinématographique bienvenue. Un autre de ces petits grands films que l'on voit apparaître sporadiquement à l'horaire et qui nous rassurent d'une étrange façon.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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