Affiche du film  Persécution
© Métropole Films Distribution

Persécution

Version originale en français
21 juillet 2010

La folie ordinaire

Photo Par Karl Filion

Persécution, ce n'est pas un film d'amour. Au mieux, c'est un film sur le non-amour (la valeur négative de l'amour, pas la haine - ce n'est pas la même chose). C'est un film lourd, inégal, dont l'objectif semble aussi abscons que ses personnages, ses décors, son récit. Cela semble cohérent à première vue (le personnage principal, agressif, nerveux, exigeant, ne termine jamais rien, habite dans des chantiers, se déplace sans arrêt à la recherche de rien... et quand il l'a trouvé, il le jette) mais cela devient vite une chose et son contraire, une illustration simpliste de l'individualisme contemporain à travers des personnages frappés d'une folie ordinaire.

Daniel travaille comme ouvrier sur des chantiers parisiens. Il a son ami Michel, qui vient parfois le voir. Il va aussi passer du temps dans une résidence pour personnes âgées. Il est avec Sonia, qui est toujours à l'étranger, à cause de son travail. Et il y a ce clochard, qui l'observe, qui dit « l'aimer », et qui entre chez lui par effraction, qui casse tout, qui boit et se couche nu dans son lit.

Romain Duris (qui en a fait du chemin depuis L'auberge espagnole) doit composer avec un personnage qui est délibérément décalé, mais qui n'en devient pas fascinant pour autant. Ses coups de gueule et ses changements d'humeur brusques ne lui confèrent pas l'humanité recherchée. Et c'est sans parler des dialogues, qui sont trop « impolis » pour qu'on se convainque que quiconque voudrait comme ami un individu comme Daniel, aussi désespéré soit-il. Ils ont la rigueur et le réalisme du langage « de la rue » (par opposition au langage guindé du cinéma), mais ne sont pas plausibles.

Le film illustre par l'exemple et le contre-exemple (Daniel est d'une intransigeance rare avec ses amis, mais d'une empathie peu commune avec les personnes âgées; il est sévère avec Sonia lorsqu'il la voit, lui reproche de partir à nouveau, mais est tendre et amoureux lorsqu'il lui parle au téléphone, etc.) ce qu'il essaie de dire sur l'humain. Et si cette manière de démontrer a le mérite d'aborder l'incohérence humaine, il ne parvient pas à déplacer sa quête philosophique au niveau supérieur : que nous dit-on sur l'Homme, sinon que de parler de ces hommes-là? Si Persécution est le récit du cas spécifique de Daniel, Sonia, Michel et de ce désaxé mi-clochard, quel intérêt?

Persécution est donc un film typiquement français (dans le bon sens du terme; l'expression est connotée aujourd'hui) en ce sens que tous ses éléments (même le titre) englobent une ambiance généralisée d'étrangeté, de réflexion philosophique, humaniste (ici quasi-nihiliste) et d'étude sociale. Un film qui se donne le droit de ne rien expliquer, mais qui n'atteint pas cette fibre universelle qui remue le corps et l'esprit. La théorie est à l'écran; on peut la voir, la comprendre, mais on ne la ressent pas. Et la théorie, c'est comme un scénario de film : ça n'existe pas tant que ce n'est pas passé à l'autre niveau; dans un cas le film, dans l'autre cas l'émotion.

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Photo Karl Filion

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