Affiche du film  Père de sang
© Remstar

Père de sang

Version en français
v.o.a. : Blood Father
10 août 2016

La justice d'un père

Photo Par Martin Gignac

S'il y a un acteur que l'on voit décidément trop peu ces dernières années, c'est bien Mel Gibson. Depuis la dernière décennie où il a été mis sur une liste noire pour des propos controversés et des comportements jugés offensants, la vedette aux yeux bleus perçants n'a été vue que dans le pétard mouillé Edge of Darkness, le risible The Beaver, l'ennuyant Get the Gringo (également connu sous le nom How I Spent My Summer Vacation) et les quelconques Machete Kills et The Expendables 3.

Peut-être que Blood Father va changer la donne. Parce qu'on y retrouve tout ce qui a fait sa gloire, de Gallipoli à Signs. Le comédien possède un charme et un charisme d'enfer qui ressortent allègrement. Derrière sa barbe et son visage usé par le temps, il y a ce regard d'acier, cette prestance unique, cet humour ravageur. Dans la peau d'un père qui est prêt à utiliser la violence pour protéger sa fille, on dénote une fougue, une folie qui lui est propre. Un sentiment de justice qu'il semble être le seul à décoder.

Surtout que le long métrage qui est inspiré d'un livre de Peter Craig (qui a participé au scénario) semble puiser à même le passé et le statut iconique de sa star. Celle-ci apparaît pour la première fois à une réunion des alcooliques anonymes. Elle tente de replacer sa vie, d'oublier ses problèmes, ses écarts de conduite et de se tenir à carreau. Une réhabilitation qui ne sera pas évidente et où les sous-entendus nazis ne sont pas épargnés. On voit même le héros fuir dans le désert au volant d'une moto comme dans Mad Max et montrer ses blessures de guerre à l'image de la série Lethal Weapon.

Tout cela est bien beau. Le problème - et il est de taille - est que Blood Father ne livre jamais la marchandise. Alors qu'on l'attend explosive et divertissante, cette série B comporte au final bien peu d'action. Ce sont les dialogues abrutissants qui mènent le pas, assommant des personnages futiles et mal développés. Tourner le dos à tous les Taken et Jason Bourne de ce monde où les poursuites en voitures et les affrontements qui durent 15 minutes est une bonne idée. Surtout si c'est pour revenir à l'essence même du cinéma des années 70, celui de Don Siegel et des premiers Clint Eastwood. Une époque bénie où la violence est brève, rapide et sèche. On tire sur le méchant, il meurt et on passe à autre chose. Sauf qu'il faut des enjeux valables pour maintenir l'intérêt, ce qui n'est définitivement pas le cas ici. La seule exception étant cette finale qui s'apparente à un western.

Replongeant dans des univers sombres de gangs et de testostérone après ses deux Mesrine, le remake d'Assault on Precinct 13 et même ses premiers essais État des lieux et Ma 6-T va crack-er, le cinéaste français Jean-François Richet offre une mise en scène compétente, dont le budget modeste finit par se retourner contre lui. On le sent toutefois s'amuser comme un enfant, surtout en réunissant pour quelques séquences cocasses Mel Gibson et William H. Macy.

Hommage superficiel à un cinéma révolu, Blood Father souffre d'être trop inoffensif, pas assez délirant et enlevant. Le film avait l'opportunité de remettre Mel Gibson sur la carte. Au lieu de ça, il n'est qu'une tentative ratée, banale et sans envergure, à classer parmi les productions déjà oubliées. En espérant que cela ne condamne pas l'interprète de Braveheart à oublier le jeu et à se consacrer à la réalisation. On perdrait trop si c'est le cas.

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Photo Martin Gignac

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