Affiche du film  Pan
© Warner Bros. Canada

Pan

Version en français
v.o.a. : Pan
9 octobre 2015

Où est la magie?

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Plusieurs professionnels du cinéma l'ont soulevé avant moi, mais permettez-moi de reprendre leur postulat : mais qui a demandé un prologue à Peter Pan? Le fait de savoir qu'il s'agissait d'un petit garçon orphelin qui ne vieillit plus n'était-il pas suffisant? Le cinéma fait parfois des merveilles avec les contes classiques, mais il a aussi la fâcheuse habitude de détruire certaines de nos plus grandes histoires dans un espoir merchantile abject. On aurait probablement pardonné qu'Hollywood ose s'attaquer à l'histoire de Peter Pan, à ses origines, à ses racines, s'il avait su nous livrer une oeuvre respectable, mais aujourd'hui, nous ne pouvons qu'être scandalisé qu'on s'en soit pris à notre Peter pour nous livrer ce torchon (pardon, je m'emporte, mais il y a de ces choses qu'on ne devrait pas toucher à moins d'une excellente raison, et Pan est loin d'en être une). 

Dans cet exorde, Peter est un jeune garçon abandonné par sa mère alors qu'il n'était qu'un bébé sur le porche d'un orphelinat. Un jour, il est enlevé par une bande de pirates, dirigée par Barbe Noire, qui vole les orphelins afin d'amener ces derniers dans le pays imaginaire pour qu'ils travaillent dans ses mines et qu'ils trouvent de la pierre de fées qui lui permet de rajeunir. Peter découvre alors qu'il est le fils d'un prince et d'une guerrière, et l'élu que les indigènes attendaient depuis des lustres. 

Le récit est ennuyant et stérile. Barbe Noire est une réplique burlesque du Capitaine Crochet, et ce dernier, présenté dans ce film-ci comme un jeune premier attirant, est pour sa part une version cheap d'Indiana Jones. L'aspect le plus intéressant cette histoire s'avère probablement la relation bien différente entre Hook (Capitaine Crochet) et Pan. Dans l'oeuvre de Joe Wright, Hook n'est pas un vilain, il est même le principal allié de Peter. Cette perspective est bien trouvée et originale. Malheureusement, on ne nous mentionne pas pourquoi les deux amis sont devenus ennemis, et comme l'échec de la production est prévisible, il reste fort à parier qu'on ne nous l'expliquera pas dans un deuxième film.

Le budget de Pan est de 150 millions $, et pourtant, malgré cette somme importante, les effets spéciaux n'ont pas la qualité espérée. Régulièrement on ressent les écrans verts derrière les personnages, et les séquences au cours desquelles Peter vole sont particulièrement ridicules. En ce qui concerne l'humour, la production a voulu s'adresser d'abord à un public d'enfants, donc elle s'en donne à coeur joie dans les blagues de pets, de chutes, de perruques et de toutes ces choses banales qui rendent hilares les gamins, mais malheureusement, là non plus, l'effet n'est pas aussi opérant qu'on aurait pu le croire, même pour les petits.

Évidemment, le film est dépouillé de toute violence; les indigènes meurent en une explosion de poudre de couleurs, les pirates disparaissent sous le joug des fées et on ne nous montre jamais l'atterrissage de ceux qui ont été lancés dans le vide. Les liens avec l'histoire originale sont réussis, mais beaucoup trop appuyés. Le film nous donne parfois l'impression que le scénariste prend l'enfant pour un demeuré et c'est très désolant.

Mais pire que tout, pire que les mauvais effets spéciaux, l'histoire insipide et l'humour déficient, Pan est dénué de cette magie qui fait le succès de ces productions fantastiques familiales. Mais dans quelle sorte de monde étrange vivons-nous s'il n'y a même plus de magie au pays imaginaire?

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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