Affiche du film  Oscar et la dame rose
© Alliance Vivafilm

Oscar et la dame rose

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Oscar and the Lady in Pink
24 février 2010

La mort, cette chose de la vie

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Parler de la mort d'un enfant, que l'on s'y prenne avec maladresse ou avec sagesse, c'est toujours délicat. On peut presque assurer les sanglots des plus sensibles et le foudroiement des coeurs de pierre, mais à quel prix? Au-delà de l'émotion, qui est livrée efficacement, on se heurte, dans le film d'Eric-Emmanuel Schmitt, à des effets spéciaux bâclés, voire risibles, et à des personnages souvent invraisemblables, à la limite de la caricature délibérée.

Oscar, 10 ans, a un cancer très grave que les médecins, malgré tous leurs efforts, n'ont pas pu guérir. Il apprend en écoutant aux portes qu'il ne lui reste que quelques jours à vivre. Oscar, rempli de colère envers ses parents pleutres et le personnel médical impuissant, réclame la présence de la Dame rose, une femme vulgaire qu'il a croisée un matin à l'hôpital. Rose l'encouragera à vivre chaque jour comme s'il représentait dix années de vie. Le petit garçon traversera donc la béatitude de l'enfance, les tourments de l'adolescence, les difficultés de l'âge adulte et l'ironie de la vieillesse en l'espace de quelques heures.

Le jeune Amir, qui incarne le personnage principal, joue avec une telle fragilité, une telle honnêteté que l'on ne peut qu'être touché par son interprétation. Encore imprégné de l'insouciance enfantine, il parvient à véhiculer une émotion pure et vraie que de nombreux acteurs professionnels convoitent. Michèle Laroque est efficace dans le rôle du guide spirituel malgré toute l'absurdité de son personnage; une femme austère et vulgaire, ancienne lutteuse, recyclée en commerçante qui s'habille généralement en rose et qui, comble de l'ignominie, se prénomme Rose. Un protagoniste moins flamboyant, moins invraisemblable aurait peut-être amené le public à s'y identifier davantage. Une inconnue, sans histoire et sans regret, qui croise fortuitement le chemin d'un jeune mourant aurait évité certaines digressions. Je pense entre autres à ces scènes de lutte féminine loufoques qui, en plus de démontrer la maladresse des séquences oniriques, détournent du récit principal et nuisent à la cohérence globale.

Les effets spéciaux, que l'on utilise pour démontrer l'imaginaire d'un jeune homme à l'aube de sa fin, sont malheureusement si mal exécutés qu'ils n'obtiennent pas le résultat escompté. Le public, habitué à être confronté à des mondes allégoriques tels que ceux de La nostalgie de l'ange ou de La fontaine, est rapidement désenchanté par ce genre de technique primaire. Si le budget d'un film ne permet pas d'emphases visuelles, il est préférable de se limiter à la sobriété que de tomber dans le cliché.

Certains aspects du récit - comme le fait de vivre chaque jour comme s'il représentait dix années ou d'envoyer une lettre à Dieu grâce à un ballon projeté dans le ciel - sont forts, éloquents. De voir un petit garçon d'à peine dix ans se plaindre de la rudesse de la trentaine ou l'implacabilité de la quarantaine est assez rigolo et apaise momentanément le discours sur l'inévitable.

La vie est précieuse, c'est ce que Schmitt tente de nous transmettre à travers un enfant en phase terminale. Chacun a sa manière de gérer la mort; certains fuient, d'autres s'accrochent, mais les plus forts acceptent. Malgré ses défauts, ses incongruités et ses égarements, Oscar et la dame rose traduit une réalité éphémère à laquelle nous sommes tous confrontés et nous enseigne adroitement l'humilité.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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