Affiche du film  Orgueil et préjugés et zombies
© Les Films Séville

Orgueil et préjugés et zombies

Version en français
v.o.a. : Pride and Prejudice and Zombies
4 février 2016

Plus mort que vivant

Photo Par Martin Gignac

Pride and Prejudice and Zombies. Il ne faut pas chercher plus loin que ça. Tout est dans le titre. On n'a pas affaire ici à un film à Oscars, une saga turque sous-titrée ou au dernier opus d'un grand cinéaste, mais bien à une production dont la seule et unique raison d'exister est de divertir. Une tâche qu'elle n'arrive pourtant même pas à faire correctement.

Cette parodie du chef-d'oeuvre littéraire anglais s'inscrit dans la lignée des récents Abraham Lincoln: Vampire Hunter et Hansel & Gretel: Witch Hunter. On détourne un conte connu de tous pour en offrir une variation truffée d'action, d'affrontements et d'effets spéciaux. Une idée qui a fait ses preuves par le passé (est-ce possible d'oublier King Kong vs. Godzilla ou l'hilarant The Cabin in the Woods?), à condition toutefois d'y aller à fond dans le délire.

C'est justement ce qui manque à ce long métrage un peu trop sérieux qui n'est pas dénué d'humour, mais qui semble constamment se retenir. Il prend un plaisir méticuleux à ne jamais verser dans une douce folie qui aurait été salvatrice. Tout le contraire d'un Shaun of the Dead. Mieux vaut alors reprendre un schéma éprouvé et l'appliquer à la lettre, sans jamais dépasser les contours.

Les fans de Jane Austen seront tout de même heureux d'apprendre que l'essence de leur favori a été conservée... dans son ensemble. Il y a toujours des filles à marier, la fougueuse Elizabeth Bennet (Lily James qui était plus à l'aise en Cendrillon) qui ne s'en laisse pas imposer, ses disputes royales avec Monsieur Darcy (Sam Riley qui fait regretter sa performance dans Control), le séduisant Monsieur Wickham (Jack Huston de la série Boardwalk Empire qui s'amuse comme un petit fou), etc. Un soin spécial a été apporté à la photographie, à la recréation des décors et des costumes et surtout à la direction artistique afin d'en faire un objet de classe. Le romantisme fleur bleue distille un charme certain et si les gags niais ne sont pas des plus élaborés, ils forment une symbiose intéressante avec la romance qui s'installe. Cette dernière croule cependant sous une abondance de dialogues qui posent un problème récurrent au rythme qui s'avère laborieux.

À l'occasion, il y a des morts-vivants qui apparaissent et ces combats à coups d'arts martiaux sont expédiés à la vitesse de l'éclair à l'aide d'un montage particulièrement pénible pour les yeux. Les effets spéciaux sont tellement risibles (sans doute que c'est volontaire) que l'impression est forte de se retrouver devant le grand-père du genre qu'est The Night of the Living Dead de George A. Romero, le sentiment de peur et d'effroi en moins. Une tentative de critique sociale se dessine en filigrane sur le sort réservé aux zombies - alias les moins nantis - qui tentent de renverser le pouvoir anglais au 19e siècle. Le tout est cependant abandonné avant la fin pour se concentrer sur le semblant d'histoire d'amour, qui se termine avec une scène pendant le générique de fin qui annonce une suite et qui est copiée sur la prémisse de REC 3.

Sans doute que le livre original avait ses vertus et que la première idée des producteurs de confier ce projet à Natalie Portman et David O. Russell était la bonne. Sous la direction du réalisateur et scénariste Burr Steers (qui avait un semblant de carrière avec Igby Goes Down avant que Zac Efron vienne tout détruire avec deux navets), le traitement devient banal et sans réelle personnalité, comme cette peinture à numéro qui intéresse quelques minutes ici et là sans captiver outre mesure. Difficile alors d'être réellement diverti, autrement qu'en imaginant tous les classiques qui pourront être travestis. À quand le grand méchant loup qui poursuit les trois petits Frères Karamazov, Le Père Goriot de Frankenstein et Dracula À la recherche du temps perdu? Ça ne serait pas plus absurde et inutile que Pride and Prejudice and Zombies.

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Photo Martin Gignac

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