Affiche du film  Omertà
© Alliance Vivafilm

Omertà

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Omertà
10 juillet 2012

Mafioso et divan-lit

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Lorsqu'un film inspiré d'une série télévisée ou d'une pièce de théâtre ou d'un livre ou même d'un autre film plus ancien prend l'affiche dans les salles, les inconditionnels se questionnent toujours à savoir si les scénaristes/réalisateurs auront su conserver l'atmosphère ainsi que l'âme de l'oeuvre originale. Omertà, la loi du silence a été si populaire au Québec dans les années 90 que l'impatience des fans est compréhensible, et palpable si près de la sortie de cette nouvelle mouture attendue. Mais tous les autres (comme moi) qui n'ont pas été de ce rassemblement télévisuel hebdomadaire, sauront-ils s'y retrouver? Même si Omertà est issu d'une série-culture québécoise, représente-t-il un divertissement cohérent et intéressant dans les limites de sa version 2012? C'est une question essentielle à se poser puisque certains des plus grands consommateurs de cinéma - les adolescents et les jeunes adultes - étaient beaucoup trop jeunes pour apprécier les manigances de Pierre Gauthier.

Omertà profite de beaucoup d'éléments positifs qui expliquent sa réussite, mais le talent de ses acteurs en est un important. Michel Côté, toujours à la hauteur des rôles qu'on lui confie (c'est encore plus vrai dans le cas présent puisque c'est un personnage qu'il a longtemps incarné), s'avère d'une crédibilité et d'une justesse difficile à égaler. Patrick Huard est aussi fort convaincant sous les traits d'un criminel propriétaire d'un bar à Montréal alors que Rachelle Lefevre, pétillante et spontanée, apporte une fraîcheur nécessaire à cette oeuvre noire. Même si on doit prendre quelques minutes pour s'adapter à un Stéphane Rousseau pervers et antipathique, le résultat est impressionnant et on finit (croyez-le ou non) à haïr l'interprète de Madame Jigger. Il n'y a que René Angélil et Paolo Noël qui posent une ombre au tableau de la distribution, qui était, jusqu'à maintenant, très efficace. Même si Angélil a la voix d'un mafioso et le physique d'un chef de cartel, cela ne fait pas de lui le choix idéal pour incarner un tel personnage. Noël se débrouille peut-être dans son rôle de l'assistant du Parrain, mais Angélil ne sait pas jouer et chaque fois qu'il ouvre la bouche, la vraisemblance de la production en mange un coup!

L'histoire représente aussi l'une des qualités principales de l'oeuvre. Bien construite, bien rythmée, intrigante et ingénieuse, elle parvient à nous tenir en haleine jusqu'à la fin et nous offre même certains revirements inattendus qui nous amènent à plonger plus intimement dans le récit. À quelques moments, on oublie même qu'Omertà est une production québécoise puisque la qualité des échauffourées et la fastuosité des décors nous font croire à blockbuster américain au budget indécent. La réalisation est aussi fort compétente. Parfois en retrait, parfois au centre de l'action, la caméra nous permet de vivre l'histoire et de s'en préoccuper.

Je ne peux pas parler pour les fans de la série puisque je suis assez ignorante en la question, mais je peux vous assurer qu'Omertà se montre à la hauteur des expectatives des non-initiés. Le talent des acteurs, la force de la réalisation, la qualité de la narration et la finesse de la direction artistique sont tous des raisons qui expliquent la réussite de la production québécoise qui s'est longtemps fait désirer.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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