Affiche du film  Omertà
© Alliance Vivafilm

Omertà

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Omertà
10 juillet 2012

Un fleuron des années 90

Photo Par Karl Filion

Omertà, l'un des fleurons de la télé québécoise, passe au cinéma. Ce n'est que légitime pour le cinéma québécois que d'adapter au grand écran les moments forts de son histoire narrative; les vraies bonnes histoires prennent parfois du temps avant d'atteindre leur pleine maturité (cela vaut aussi pour les personnages, les ambiances, les contextes). De la main de l'auteur de la série originale qui passe cette fois derrière la caméra nous vient ce film, compétent, cohérent, respectueux et conscient d'un genre. Cela ne veut pas dire que tous les pièges sont évités, ni qu'on a ici l'occasion de voir Le Parrain 4; simplement que ce film est le film qu'on attendait.

Le réalisateur Luc Dionne, beaucoup plus à l'aise dans cet univers de mafiosi que dans les reconstitutions historiques de Aurore et de L'enfant prodige, pose efficacement sa caméra dans des décors crédibles qui contribuent à la cohérence globale du projet. L'importance de la mafia dans le folklore local, son traitement cinématographique à travers de grands classiques et son importance historique rendent cet univers fascinant par définition. Les jeux de pouvoir, trahisons, filatures et agents doubles sont parfaits pour le cinéma, et le réalisateur en tire profit.

Michel Côté, un acteur de grand talent, ne trouve pas avec Pierre Gauthier son plus grand défi. Il est efficace, en plein contrôle, mais on le sait capable de plus grandiose. Patrick Huard n'a pas à rougir de sa réplique assurée et de son interprétation puissante, tandis que Stéphane Rousseau, habité, s'acquitte correctement de sa tâche. René Angélil n'a qu'à être là, qu'à enfiler son costume et à se présenter à l'heure sur le plateau; il incarne déjà, par son aura puissante, ce qu'il joue; on n'a pas besoin d'être convaincu qu'il est riche et puissant. Rachelle Lefevre représente le maillon faible du groupe; ses lignes sont moins crédibles - plus écrites ou moins bien livrées, comment savoir? - mais son personnage est de toute façon moins essentiel que les autres.

Tout de même, certains (plusieurs...) revirements de l'intrigue semblent parfois forcés ou inutiles (des sous-histoires, évoquées rapidement, n'ont pas l'impact émotif souhaité) et les personnages ne prennent pas toujours des décisions logiques. On tourne évidemment quelques coins ronds vu la durée et le personnage de Pierre Gauthier, qui n'est plus directeur-gérant du Canadien le personnage central du récit apparaît parfois faible. Et disons que ses méthodes (et son iPhone) sont parfois un peu cheap.

Sinon, on note quelques longueurs, quelques fausses notes au niveau du jeu secondaire, mais rien de tout cela n'est fatal. On se réjouit même de voir quelques audaces prises dans le récit par rapport au destin de certains personnages. On ne croyait pas qu'un film aussi mainstream irait jusque-là. Le mystère est d'ailleurs habilement maintenu pratiquement jusqu'à la fin, même si cette dernière s'avère moins grandiose qu'on ne pouvait l'espérer, pratiquement bâclée.

Omertà est donc le film qu'il fallait faire. Ou qu'il aurait fallu faire dans les années 90, lorsque cette série était à son apogée. Difficile de dire si les fans de la première heure attendent avec impatience cette nouvelle intrigue. Mais si oui, ses artisans se sont appliqués à ce qu'ils ne soient pas déçus.

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Photo Karl Filion

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