Affiche du film  Ombres et ténèbres
© Warner Bros. Pictures Canada

Ombres et ténèbres

Version en français
v.o.a. : Dark Shadows
11 mai 2012

Entre l'ombre et la lumière

Photo Par Karl Filion

La grandiloquente (et incohérente) introduction laissait présager le pire quant à ce Dark Shadows, ce nouvel effort de Tim Burton pour se sortir de sa torpeur après les anodins Alice in Wonderland et Sweeney Todd. À ce stade-ci, après une trentaine de mots à peine, vous savez déjà que c'est raté, que le créateur de tant de merveilleux films (dans les années 90...) est toujours en pleine crise identitaire, à la recherche de ce qui fait l'essence - et donc la qualité - de son cinéma. La preuve a déjà été faite cent fois que de jolis costumes ne suffisaient pas à faire un bon film, en voici un autre exemple (qui n'était pas du tout nécessaire).

Aucun personnage digne de ce nom, un humour vieillot, redondant et surtout monotone (déclamons pompeusement des répliques d'une élégance shakespearienne... sans arrêt) et un scénario si débile et désintéressé que tous les acteurs ont l'air d'affreux amateurs. Oui, oui, même Johnny Depp, le « génial » Depp, l'acteur le plus rentable à Hollywood, ici complètement éteint face à une distribution qui ne trouve jamais d'harmonie. Les interprétations figées de Michelle Pfeiffer et des autres détonnent face à celle, emphatique, d'Eva Green. Quand tous les acteurs sont si généralement confus, la faute va au réalisateur...

Même les effets spéciaux, bâclés, ne convainquent jamais. Remarquez que c'est surtout parce qu'ils s'intègrent mal à un scénario confus, qui tire dans toutes les directions, invoquant maladroitement vampirisme, sorcellerie, une obscure sous-histoire d'entreprise familiale, de lycanthropie et d'amour. Tout ça sans rythme, sans inspiration et sans humour; les quelques tentatives s'avèrent toutes aussi maladroites que l'ensemble.

Le travail de caméra est aussi particulièrement conventionnel, confiné - malgré un budget conséquent - à des vulgaires champ/contre-champ sans inspiration. Peu de cohérence entre les nombreux univers filmiques, du manoir à la falaise, alors que les ambiances sont maladroitement bâties. Elles ne sont pas bâties du tout, dans certains cas, alors que tout semble être sur le pilote automatique.

Difficile d'expliquer ce désintérêt total de Tim Burton, pour son propre cinéma (c'est peut-être la lourdeur de toujours travailler avec les mêmes acteurs, Depp, Bonham Carter). Comme si l'expérience du tournage pour eux (s'amuser entre amis, se retrouver, se costumer, jouer avec des jouets dispendieux) surpassait le résultat à l'écran. C'est vrai que quand on a atteint le statut mythique de Burton, on peut théoriquement se permettre ce relâchement. Mais dans les faits, s'il ne se ressaisit pas très bientôt, Burton ne sera plus que le plus récent réalisateur à ne pas vivre à la hauteur de sa réputation. Dire qu'on est encore à tergiverser quant à savoir si on a préféré ce film-ci ou The Three Stooges...

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Photo Karl Filion

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