Affiche du film Odette Toutlemonde
© Equinoxe Films

Odette Toulemonde

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Odette Toulemonde
26 septembre 2007

Excusez-moi du peu

Photo Par Karl Filion
Écrivain et dramaturge établi, Éric-Emmanuel Schmitt passe au cinéma. Au-delà de la déception de voir la moins intéressante des nouvelles de son moins intéressant livre prendre vie au grand écran, la transition ne se fait jamais vraiment. Odette Toulemonde n'est pas un film cinématographique et la réalisation sans saveur de Schmitt, qui n'est qu'un écrivain - non le moindre et de grand talent, mais un écrivain quand même - est somme toute assez inégale, en tout cas trop pour convaincre entièrement. Catherine Frot, dans le rôle principal, a la candeur qu'il fallait et l'ensemble de la distribution s'en tire bien, mais le propos, lui, n'est jamais plus qu'une anecdote allongée pour plaire, dans le format classique, aux lecteurs de Balthazar Balzan.

Malgré les apparences, Odette Toulemonde est heureuse. Elle travaille dans un magasin à grande surface, est veuve et habite avec son fils, coiffeur volage, et sa fille en pleine crise d'adolescence dans une petite ville de Belgique. Elle décide d'écrire une lettre à son auteur préféré, Balthazar Balzan, alors que ce dernier, auteur prospère, est profondément affecté par la critique meurtrière qu'on a fait de son plus récent roman.

Odette Toulemonde s'adresse directement à ce public qu'il décrit et qu'il tente de le réconcilier avec la vision condescendante du milieu intellectuel sur « les bonnes gens », le petit peuple, qu'on caresse ici tellement vigoureusement dans le bon sens qu'il se sent forcément concerné. En bon flagorneur, Schmitt utilise tous les outils mis à sa disposition, du romantisme échaudé à la démagogie pure et simple; c'est rassurant mais pas très stimulant pour l'esprit.

Odette, qui n'hésite pas à pousser la chansonnette à la moindre occasion, a beaucoup de charisme sous les traits de Catherine Frot, la Marlène Sasseur du Dîner de cons, énergique et dévouée à un rôle amical et aisément séduisant. Albert Dupontel, en écrivain de bonne foi qui ressemble peu à Schmitt, n'est pas mauvais non plus. Les deux jeunes Fabrice Murgia et Nina Drecq sont très bons également. Le peu d'inventivité de la réalisation, particulièrement lorsqu'il s'agit de faire rire, pourrait vite agacer, mais grâce à ces comédiens et leur interprétation légère, Odette Toulemonde a quelques bons moments.

On sait qui Schmitt veut séduire avec son film, mais pas de quel côté il se place, dans cette bagarre de tous les instants entre le populaire et l'intellectuel; une guerre presque épique qui remplace le conflit séculaire entre le bien et le mal. La satisfaction du « droit au divertissement » vaut-il qu'on en fasse des films par dizaines et des livres au poids? Odette Toulemonde ne tente même pas de répondre à la question, mais s'inscrit clairement dans la catégorie « divertissement anodin qui propage le bonheur », ce type de film qu'il faut déjà être heureux pour apprécier. Bienheureux les pauvres d'esprit.

En conclusion, si Éric-Emmanuel Schmitt a suffisamment de matériel dans son oeuvre écrite pour faire du cinéma, il en est encore au camp d'entraînement, à se faire la main et à s'exercer. Espérons que la prochaine fois sera plus près de ce qu'on retrouve dans ses livres..
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Photo Karl Filion

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