Affiche du film  Nymph()maniaque
© Métropole Films Distribution

Nymph()maniaque Vol. I

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Nymph()maniac Vol. I
21 mars 2014

Règlement de comptes

Photo Par Karl Filion

Lars, ô Lars. Trublion du cinéma mondial, provocateur officiel du régime, génie incompris(?), objecteur de conscience. À quoi aura-t-on droit cette fois-ci? À la beauté du réalisme poétique de Dancer in the Dark ou à la prétention d'Antichrist? Un peu des deux...

Nymph()maniac, qui prend l'affiche simultanément en deux volets, le Vol. 1 et le Vol. 2, dans deux versions « écourtées » et prétendument « censurées », ne serait-il que le règlement de comptes d'un mal-aimé trop anxieux pour laisser paraître qu'au fond, il ne demande qu'à être aimé? Entre l'auto-pastiche et l'excuse publique, le film tombe, s'essouffle, se perd dans sa propre témérité sous des airs de fausse provocation (ce film n'est pas du tout un porno). Une situation d'autant plus frustrante qu'elle prend le pas sur un exercice cinématographique fascinant.

Nymph()maniac raconte l'histoire de Joe, auto-diagnostiquée nymphomane, qui raconte à Seligman ses aventures sexuelles, de la découverte de son corps à l'expérimentation sado-maso en passant par une maternité résolument non-conventionnelle. Dès le départ, le personnage fait acte de contrition, se dénigre, comme le ferait un réalisateur soucieux de rejeter les accusations d'antisémitisme et de misogynie qui l'affligent depuis un certain Festival de Cannes et Antichrist (très explicitement évoqué dans le film + Charlotte Gainsbourg), dont ce film est de toute évidence la contrepartie.

Les analogies de l'érudit Seligman sont souvent truculentes de pédanterie, évoquant à la fois la pêche à la mouche, les mathématiques, la philosophie, la religion et la musique, et le grand grand charme de ce film est d'intégrer à la trame ces analogies déstabilisantes qui viennent souvent faire office de retournement dramatique. Le Vol. 1, rondement mené, est fascinant et émotionnellement complexe, et propose certainement les meilleurs moments du diptyque, en plus d'offrir le portrait psychologique le plus développé de l'héroïne, incarnée par Stacy Martin lors de ses années d'apprentissage.

Le Vol. 2, plus violent et plus simpliste, s'éloigne de cette exploration philosophique pour provoquer plus simplement : des sexes en gros plans, du sado-maso, et une finale désespérée et vulgaire, certainement pas à la hauteur de la réflexion. La morale s'embrouille et le trash se fait obscène, le réalisateur, lui, se fait redondant. Le Vol. 2 souffre aussi de l'absence de Stacy Martin, remplacée par une Charlotte Gainsbourg froide et désincarnée qui ne parvient pas à se rendre indispensable.

Il ne fait aucun doute que la symbolique de Nymph()maniac est digne des plus grandes thèses de doctorat. En plus, Von Trier le plasticien évite aussi les plus agaçants travers de sa caméra à l'épaule et de son faux-réalisme. On est donc loin de l'échec. On est tout aussi loin du chef-d'oeuvre. À l'école primaire, un de mes compagnons de classe avait l'habitude, pour se « purger » d'une mauvaise action dans la cour d'école, de se frapper, comme pour mettre sur un pied d'égalité le coupable et la victime. Ce film me l'a remémoré. Salutations, *********!

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Photo Karl Filion

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