Affiche du film  Notre jour viendra
© Remstar

Notre jour viendra

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Our Day Will Come
23 novembre 2011

Justice

Photo Par Karl Filion

Provocateur et réellement imprévisible (incompatible avec les attentes spectatorielles habituelles), Notre jour viendra, premier long métrage de Romain Gavras, est une oeuvre puissante, humaine, violente et déstabilisante qui est un événement cinématographique unique. De ce fait, il n'a d'autre choix que de polariser les opinions; sachez, pourtant, que le dégoût qui peut y être attaché est normal.

Le récit de ces roux - qui ne sont pas vraiment roux - embarqués dans une croisade envers et contre tous, met en relief une condition sociale (française, dans ce cas-ci, mais occidentale en réalité) et un désir d'anticonformisme porteur d'une véritable réflexion : la société oblige les individus à s'identifier à un groupe, et les individus souhaitent aussi s'intégrer. Le film - et l'expérience de la vie - le démontre, l'Homme actuel est grégaire. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'aucun groupe ne convient?

Est-ce seulement possible?

À une époque où les causes s'entremêlent, se chevauchent, se nuisent même parfois, Gavras n'a pas de revendications ni de cheval de bataille. Il n'a que le constat, sévère, d'une société occidentale basée sur un sentiment d'appartenance dangereux où « l'étranger », celui qui est différent - qu'il soit Juif, Arabe, homosexuel, gros, petit, femme, gothique, handicapé ou roux, le roux étant la variable x de ce récit - est un ennemi, un appendice dérangeant qu'il faut éliminer, amputer. Et la révolte, dans ce cas-ci, des roux, est brutale. Elle est aussi particulièrement signifiante, justement parce qu'elle n'est pas limitée à un seul groupe - ce serait contre-productif, contraire au concept même du film.

Il ne s'agit donc pas de « s'attacher » aux personnages, surtout pas d'approuver leurs actions, même pas de comprendre ce qu'ils font.

Nihiliste? Pas du tout. Ou alors, peut-être dans la conception nietzschéenne, comme pour s'élever au-dessus d'un monde sale et dégoûtant et des limites grossières du corps et de ses fluides, mais sinon, voilà un film vivant, avec ses qualités et ses défauts, qui crie en quelque sorte l'humanité, qui suinte l'humanité à travers tous les pores du cinéma. La réalisation frontale de Gavras, sa caméra précise met en scène un sentiment d'étrangeté déstabilisant. Les acteurs, Cassel en premier lieu, vibrants et dédiés, paraissent incontrôlables. Ils sont d'autant plus engageants.

Notre jour viendra est très loin d'être un film parfait. C'est d'ailleurs le genre de film qu'on détestera systématiquement en premier lieu. Parce qu'il a mauvais goût. Parce qu'il ne démontre pas l'adresse d'un réalisateur expérimenté qui saurait exactement ce qu'il veut dire, qui ne douterait de rien. Notre jour viendra n'a pas l'allure d'un chef-d'oeuvre qui traversera le temps, définira une génération, bouleversera l'ordre établi. Mais il est possible qu'il en soit quand même un.

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Photo Karl Filion

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