Affiche du film  Notre idiot de frère
© Alliance Vivafilm

Notre idiot de frère

Version en français
v.o.a. : Our Idiot Brother
25 août 2011

L'idiot gentil

Photo Par Karl Filion

La croyance générale prétend qu'on puisse beaucoup apprendre en regardant de bons films. On regarde les grands classiques afin d'examiner ce qui fonctionne et comment - c'est d'autant plus vrai en humour, d'autant que l'humour, c'est difficile à réussir. Cependant, il est bien possible aussi qu'on apprenne encore davantage de choses utiles sur le cinéma en regardant des films ratés, c'est-à-dire des films dont l'idée de départ était valable mais qui ont été gâchés en chemin, comme c'est le cas avec Our Idiot Brother. Voilà un exemple de film raté, de comédie pas drôle, de laquelle on peut sans doute beaucoup apprendre en examinant simplement ce qui cloche.

Le film commence alors que Ned est manipulé par un policier qui lui demande de lui vendre de la drogue. Cette séquence a pour but d'illustrer que Ned est un idiot (d'où le titre, qui mise sur l'ambiguité anglophone du mot). Or, cette séquence (comme le film entier), rate sa cible : Ned n'est pas idiot; il résiste tout d'abord aux tactiques du policier avant d'être convaincu, par amitié ou par gentillesse, que ce dernier ne lui veut pas de mal et de lui vendre de la drogue. Ned n'est pas idiot, il est gentil. Et un personnage qui est trop gentil, trop honnête. Dans un film comique, ce n'est pas la même chose qu'un personnage qui est idiot; cela n'a pas les mêmes possibilités humoristiques.

De le soumettre aux pires stéréotypes - incarnés par ses trois soeurs - n'a donc pas l'impact voulu; encore une fois, Ned n'est jamais vraiment idiot, il est plutôt naïf ou débonnaire, ou un amant de la vérité, mais certainement pas un idiot, même si c'est ce qu'elles essaient de nous faire croire à travers ses maladresses. Et la morale, bien sûr, c'est que la vérité, au final, fait du bien aux gens, même s'ils sont sceptiques au début. En ce sens, Our Idiot Brother propose un happy end qui dépasse en quétainerie de nombreuses comédies romantiques classiques et fait l'apologie d'une vie simple près des légumes biologiques - autre cliché.

Son principal défaut demeure cependant de ne pas être drôle : les blagues défraîchies se succèdent sur des thématiques usées; le mari infidèle, les parents trop sévères avec leur enfant, la jeune carriériste qui laisse passer l'amour et le hippie sympathique qui aime la simplicité de l'existence et qui a tellement raison au fond. On ne risque pas de se laisser surprendre par une bonne idée ou par un retournement imprévisible dans un contexte aussi conventionnel. Sans le ton décapant qu'on retrouve souvent dans les comédies contemporaines, Our Idiot Brother paraît bien fade.

D'autant que la proposition du film (et sa distribution talentueuse) laissait espérer un film de qualité. C'est d'autant plus regrettable que le talent de Paul Rudd soit ainsi gâché par un scénario sans saveur, lui qui est un acteur comique efficace. Zooey Deschanel, Elizabeth Banks et Emily Mortimer n'y paraissent pas mieux, prisonnières de rôles et de mises en situation monotones et prévisibles. Il manque de la personnalité à ce film; autant dans son humour que dans sa réalisation anonyme et dans ses thématiques empruntées à gauche et à droite. Le résultat est un film qui aurait pu être bien plus signifiant, s'il s'était donné la peine.

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Photo Karl Filion

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