Affiche du film  Good Neighbours
© Alliance Vivafilm

Notre Dame de Grâce

Version en français
v.o.a. : Good Neighbours
3 juin 2011

Avec préméditation

Photo Par Karl Filion

Lors de la sortie de The Trotsky, on avait découvert un jeune réalisateur en pleine possession de ses moyens qui avait trouvé le ton parfait pour raconter une histoire fort originale et drôle qui s'inscrivait parfaitement dans son époque et dans sa communauté. Tous les éléments du film, tous ses aspects cinématographiques contribuaient à la cohérence globale du récit, et le résultat était prenant. Adapté d'un roman de Chrystine Brouillet, ce Good Neighbours est moins bien maîtrisé. Le constat est facile à faire, mais l'analyse beaucoup moins; quel est le problème? Il y en a deux principaux, le premier étant aussi une des causes du second : un casting inégal et quelques cassures au niveau du ton.

Le problème n'est pas que les acteurs présents manquent de talent - pas du tout même - plutôt qu'ils sont ici approximatifs dans pratiquement tous les aspects de leur jeu. Scott Speedman s'avère être le plus faible des trois principaux, dans un rôle d'handicapé-carnassier-psychopathe très peu subtil. Bien sûr, le noeud du film n'est pas de découvrir qui est le violeur-meurtrier (c'était dans la bande-annonce!), mais on aurait pu s'en servir pour proposer un dénouement plus prenant et moins précipité. Moins prévisible, en quelque sorte, comme le veut la tradition du film noir, où les apparences sont habituellement trompeuses. Ici, elles ne le sont pas vraiment.

Jay Baruchel est fidèle à lui-même, mais c'est son humour « naïf » qui s'intègre mal au ton « noir » du film; ses tentatives répétées et maladroites pour séduire Louise et s'intégrer au groupe sont parfois si poussées qu'elles paraissent assez improbables. Et même si les personnages sont suffisamment intelligents pour prendre les précautions nécessaires à leur(s) méfait(s), certains raccourcis (l'insonorisation intermittente des appartements, par exemple), viennent réduire leur impact narratif, qui est toujours précaire dans le cas d'une enquête policière.

Emily Hampshire est plus efficace parce que plus discrète, et son personnage est certainement le mieux cerné et maîtrisé du trio, tandis qu'Anne-Marie Cadieux surjoue la voisine névrosée francophone sans aucune subtilité, pas plus d'ailleurs que n'en démontrent deux policiers brouillons. Le film est trop « réaliste » pour que les quelques coïncidences qui permettent son dénouement ne paraissent pas forcées et trop propre pour que deux scènes de viol ne s'inscrivent réellement dans la logique du film noir.

Le réalisateur, scénariste et acteur Jacob Tierney se permet quelques audaces qui s'intègrent mal à l'ensemble malgré leur efficacité technique. Le récit n'en est cependant pas nécessairement renforcé, ce qui marque la grande différence d'avec The Trotsky, où tout, du travelling au ralenti, contribuait à l'efficacité du film. Ici, la caméra devient une distraction cherchant parfois trop ostensiblement le gag. Or, l'humour est essentiel dans un film comme celui-ci, mais comme les personnages ne convainquent pas...

On voit bien qu'on était près du but puisque les vingt dernières minutes du film atteignent le niveau d'étrangeté qu'on cherchait à créer avec cette histoire tordue savamment installée à la veille du référendum de 1995. Mais même cette contextualisation ne permet pas de rendre le récit plus plausible et les revirements plus palpitants, entre des personnages souvent mal cernés et la courbe dramatique mal définie.

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Photo Karl Filion

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