Affiche du film  Noé
© Paramount Pictures

Noé

Version en français
v.o.a. : Noah
v.o.a.s.-t.f. : Noé
28 mars 2014

1 Corinthiens 10:13

Photo Par Karl Filion

Ça lui arrive, parfois, à Darren Aronofsky, de s'égarer. S'il a signé des oeuvres marquantes et uniques au fil des années, de Requiem for a Dream à Black Swan, il a aussi perdu sa voie. En 2006 notamment, avec The Fountain, qui nous emmenait dans un voyage à travers le temps et l'espace miné par de lourds symboles et une sensibilité mélodramatique navrante, pour un résultat insignifiant par surplus de signifiance; tout dire, pour ne rien dire. Noah, c'est presque la même chose : des symboles pesants, un pathos ridicule et de faux enjeux pour un résultat plus frustrant qu'insignifiant.

Le problème, c'est que jamais les enjeux du récit ne convainquent vraiment; difficile de vous en parler sans gâcher la surprise, mais disons que le fardeau qui incombe à Noé, et qui devrait être dramatique, ne l'est pas. Ses décisions, ampoulées par le récit qui n'a rien d'autre à proposer (il n'y a pas de mystère à savoir si oui ou non il pleuvra), suggèrent des gestes qu'il n'est jamais plausible qu'il commette dans un film grand public. Le réalisateur, en les étirant, ne fait que souligner leur impossibilité dramatique et rend le tout aride (pas de jeu de mots... ok, oui, un peu).

De même, les nombreuses scènes d'effets spéciaux à grand déploiement et les combats épiques n'ont aucun sens dans cet univers où tout est commandé par un Dieu tout puissant, de la construction de l'arche à la création de la forêt qui permet de construire l'arche. Dieu fait accomplir ce qu'il veut voir accompli, et empêche le reste, c'est sa définition. C'est lui qui mène les animaux deux par deux à l'arche (dans le film). La volonté humaine n'y changera jamais rien.

L'histoire de Noé et du déluge, c'est justement ça, une histoire, une légende, alors Aronofsky peut la changer à sa guise, mais il doit quand même en respecter la logique interne : Dieu est miséricordieux, il pardonne (ses anges déchus), comment pourrait-il empêcher ceux qui veulent l'adorer d'entrer dans l'arche, et par la violence de surcroît? Et comment peut-on penser que Dieu, qui s'assure que les assaillants seront repoussés (ce n'est pas un spoiler) ne verrait pas quelqu'un se faufiler par la porte arrière?

Pour le reste, Noah est un film prédicateur bien maladroitement filmé, avec ses champ/contre-champ élémentaires, ses costumes ridiculement à la mode, des anges déchus tout droit sortis de Une histoire sans fin et sa morale environnementaliste et végétarienne. On a parfois l'impression de regarder un téléroman, tellement les revirements sont rudimentaires. D'autant que Noé, le héros du film, passe d'un homme compatissant et humble à un gourou mégalomane. On comprend que la tâche est ardue et sans doute psychologiquement exigeante, mais ne dit-on pas que Dieu « ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; avec la tentation il préparera aussi le moyen d'en sortir, afin que vous puissiez la supporter » (1 Corinthiens 10:13)? Alors pourquoi choisir ce Noé, héros de Noah?

Bien sûr, Aronofsky créé encore des images magnifiques, souvent grandioses d'ailleurs, comme il se devait. Mais comme avec The Fountain, cela ne rachète pas l'abyssale incohérence du film en entier, qui ne cesse de se démener pour la faire oublier. Le résultat mélange donc clichés de films d'action, effets spéciaux ostentatoires et enjeux dramatiques bâtis artificiellement. Nul besoin de vous dire qu'une histoire comme celle-ci n'en avait pas besoin.

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Photo Karl Filion

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