Affiche du film  Nelly
© Les Films Séville

Nelly

Version originale en français
14 septembre 2016

La balafré

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Vu au Festival du Film de Toronto.


Sexy, libertin, névrosé, déchirant et percutant, le nouveau film d'Anne Émond fait mal tellement il frappe dans le mille. Dépeindre la vie tourmentée de cette auteure québécoise représentait un défi de taille, surtout pour une jeune cinéaste. Mais la réalisatrice a visiblement compris l'intensité et la dualité qui se jouait chez cette femme fascinante. 

Mylène Mackay offre une performance à couper le souffle. On peut comprendre la névrose du personnage à travers son interprétation sensible et déchirante. Le mal de vivre de la protagoniste transparaît dans chaque fibre de son corps meurtri par une vie de débauche et de souffrances. Mickaël Gouin, qui incarne son principal petit ami, impressionne aussi par le naturel de son jeu et son charisme transcendant. 

La vie de Nelly Arcand est campée dans une temporalité aléatoire. Grâce à un montage rythmé, on saute d'une période à l'autre sans avertissement. Seuls les différents looks - et les situations, évidemment - nous donnent une piste sur l'époque dépeinte à l'écran. Le long métrage est découpé en quatre chapitres, soit celui de l'écrivaine, l'amoureuse, la putain et la star. La réalisatrice nous présente même quelques images d'une Nelly adolescente qui, déjà à cette époque, souffre d'un mal qu'elle n'arrive pas à expliquer. La première scène du film - très parlante - met d'ailleurs en scène cette petite fille qui fait un lip-sync, accompagné de quelques mouvements de danse, sur une chanson de cabaret lors d'un spectacle à l'école. La séquence suivante - qui frappe tout autant, mais pas pour les mêmes raisons - en est une de sexe entre Nelly, la prostituée, et un de ses clients dans un chic hôtel. 

Il y a dans Nelly juste assez de pudeur et de retenue pour ne pas que les plus chastes crient au scandale pornographique. Émond n'hésite pas à montrer la nudité (le contraire aurait été invraisemblable comme on raconte notamment l'histoire d'une prostituée). Bien qu'il y ait nombre de séquences de sexe dans la production (pas trop, juste assez), ce sont d'autres, plus émotionnelles qui frappent le plus. Ce moment lors duquel Nelly raconte à son psychiatre qu'elle se sent comme à côté d'elle-même, qu'elle voit une femme vivre toutes ces choses, mais que ce n'est pas elle, est particulièrement troublant. Et cette séquence à la piscine municipale où Nelly, enivrée, fait une crise de jalousie, étendue dans une flaque d'eau chlorée, est également très forte.

En plus d'assurer la réalisation, Émond a également rédigé le scénario du long métrage. Parsemée de citations poignantes issues des ouvrages de Mademoiselle Arcand, on se laisse facilement emporter, puis écorcher, dans cette fable psychotique. Mentionnons également que la musique est magnifique et complète parfaitement les images éloquentes et somptueuses de la jeune réalisatrice. 

Nelly ne laisse pas indifférent. On ressort de ce film avec un poids sur les épaules, et il s'agit, dans ce cas bien précis, d'une chose excessivement positive. Le cinéma est un voyage et il faut savoir accepter même les turbulences, ce sont d'ailleurs parfois les moments les plus marquants.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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