Affiche du film  N'aie pas peur du noir
© Alliance Vivafilm

N'aie pas peur du noir

Version en français
v.o.a. : Don't Be Afraid of the Dark
25 août 2011

La fée des dents qui faisait crier l'enfant

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Pour qu'un film d'épouvante soit efficace, il se doit de faire part d'un certain sérieux, d'être méticuleux dans sa manière d'approcher le spectateur. Lorsque les personnages ne sont pas suffisamment convaincants ou que les situations nous apparaissent insensées, il est beaucoup plus ardu de nous effrayer, nous qui sommes conscients des mécanismes de l'horreur et avons vu bien des productions de ce genre avant celle-ci. Don't Be Afraid of the Dark souffre invariablement de ce manque d'assiduité et de cohérence au sein de la narration. Ses monstres - de petites bestioles difformes comparables à des Gremlins - sont menaçants lorsqu'ils se faufilent dans le noir à l'insu des hommes, mais au moment où ils nous sont dévoilés physiquement, ils perdent tout aspect terrifiant, devenant même risibles dans leur manière grotesque de se déplacer ou de s'exprimer. Comble de l'absurdité, ces bestioles - qui vivent dans les profondeurs d'un trou sans fond sous un manoir du XIXe siècle - se nourrissent de dents et d'os d'enfants (mais semblent visiblement pouvoir se contenter de ceux des adultes pour de mystérieuses raisons).

Les différents protagonistes, en plus de vivre dans un environnement malsain et chaotique, réagissent curieusement aux conjonctures qui leur sont proposées. Un homme estropié, une pièce secrète lugubre et une enfant traumatisée ne sont pas suffisants pour persuader un père de famille des manifestations paranormales qui ont lieu dans sa nouvelle maison, et c'est sans parler des cris hystériques que la jeune fille pousse constamment sans que les adultes n'interviennent - ils ont toujours un moment de réflexion aberrant avant de comprendre que les hurlements sont bien ceux de l'enfant. L'oeuvre, co-écrite par Guillermo del Toro, est également truffée de clichés et d'évidences, qu'on nous dira inévitables. Les murmures sinistres dans la nuit, la musique inquiétante qui nous dicte l'émotion que nous devrions ressentir et l'apparition brutale de différents éléments pour faire sursauter le public sont le genre de paramètres que l'on retrouve dans ce film - et dans bien d'autres de même type qui nous ont, par le passé, consternés à défaut de nous angoisser.

La jeune Bailee Madison, que l'on a pu voir notamment dans Just Go With It et Brothers, est tout à fait convaincante dans le rôle d'une petite fille parachutée chez son père contre son gré que l'on croit malade psychologiquement parce qu'elle entend des voix provenant du sous-sol. L'actrice, qui ressemble en tout point à Emily the Strange (elle serait d'ailleurs la candidate idéale pour incarner le personnage au cinéma), réussit à transmettre au spectateur cette crainte et cette panique si essentielle à l'efficacité d'un film d'horreur. Malheureusement, c'est la faiblesse du scénario et les irrémédiables clichés qui font du travail de la comédienne des efforts inutiles. Guy Pearce et Katie Holmes sont aussi performants dans leur rôle respectif, mais se retrouvent inexorablement freinés par les limites évidentes des personnages et de l'histoire.

Il est peut-être difficile de renouveler un style aussi rigoureux, mathématique (une musique angoissante + des monstres hideux = une frayeur calculée) que le film d'épouvante traditionnel, mais, sans en changer tous les barèmes, il serait certes profitable - au genre et à son efficacité globale - de déroger des règles de base, si ce n'est que pour déstabiliser le spectateur si familier aux lois du cinéma. Parce que l'idée primaire de Don't Be Afraid of the Dark n'était pas si mauvaise malgré sa simplicité: même si le septième art se peaufine et se modernise, rien n'effraiera plus que le monstre caché sous le lit ou dans l'ombre de la penderie.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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