Affiche du film  Mon ami Dino
© L'Atelier distribution de films

Mon ami Dino

Version originale en français
4 août 2016

Derrière les masques

Photo Par Martin Gignac

Il est parfois facile d'oublier que le cinéma est l'art de la manipulation. Un grand jeu tragique et absurde à la fois qui est au coeur même de Mon ami Dino.

Tout est pourtant si clair et limpide dès les premières minutes du film. Après une citation tirée de l'Internet qui donne la puce à l'oreille, l'acteur Dino Tavarone se présente à l'écran. On le maquille et on lui demande de pleurer sur demande. C'est un comédien, il doit bien être capable de le faire. Des scènes en apparence inutiles qui s'avèrent fondamentales à la fin.

Avant d'y arriver, il y a cet interprète trop rare et aimé de tous qu'on a découvert dans la série télévisée Omertà et qui cache une maladie incurable. Un cinéaste le filme au quotidien, lors de ses joies et ses peines, et surtout dans son désir de ne pas inquiéter ses amis avec son état de santé.

Bien qu'on devine aisément le subterfuge en place, cela n'empêche pas d'embarquer dans le long métrage. Il y a même des spectateurs qui risquent d'oublier le pot aux roses au fil de l'histoire!

Rappelant le style d'Andy Kaufman, Mon ami Dino s'apparente également à un genre cinématographique assez populaire au Québec: la docufiction. Robert Morin la pratique depuis des décennies, tout comme Sophie Deraspe dernièrement. Cela explique ce style volontairement fauché et des cadrages qui peuvent laisser à désirer. La quête du réel est absolue, s'avérant palpable lors de moments où il ne semble rien se passer. Des silences qui permettent à l'oeuvre de respirer et de prendre tout son sens.

C'est au contraire lorsque le désir d'émouvoir se fait ressentir que l'essai ne remplit pas toujours ses promesses. Surtout dans le premier acte où une rencontre avec le médecin se termine avec un zoom malhabile sur le malade ou qu'une musique insistante rend factice cette séquence qui présente la relation entre le personnage principal et sa fille. Des scènes plus bouleversantes viennent heureusement renverser la vapeur, la plus touchante étant cet échange avec Michel Côté.

Délaissant avec bonheur ses drames à messages un peu trop chargés (Antoine et Marie, La cicatrice), le réalisateur et scénariste Jimmy Larouche semble plus à son aise dans cet univers sans prétention où la sincérité est de mise. Le coeur y est et si le récit semble trop écrit (ces parallèles omniprésents avec les masques) et un brin appuyé (ce superbe paysage froid et isolé qui suit et répète l'état intérieur du protagoniste que l'on vient à peine de voir), le créateur a toujours un flair infaillible pour la direction d'acteur.

Sans doute qu'il y a eu beaucoup d'improvisations de la part de ses interprètes. Il faut pourtant les amener dans la bonne direction pour obtenir ce qu'on désire d'eux. À ce niveau, Dino Tavarone offre une performance puissante. Le comédien possède des réparties savoureuses et son charisme fait en sorte qu'on ne peut que boire ses paroles. Et lorsqu'il se trouve avec son chien, impossible de ne pas penser au grandiose Umberto D. de Vittorio De Sica. Un chef-d'oeuvre du néoréalisme italien où il était également question de la mort.

Évidemment, Mon ami Dino n'est pas un aussi grand film. Il a beau s'éparpiller en jouant à la fois la carte de la maladie et des rouages du septième art, du vrai et du faux, une franchise certaine s'en dégage. Une denrée rare par les temps qui courent. 

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Photo Martin Gignac

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