Affiche du film  Mommy
© Les Films Séville

Mommy

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Mommy
17 septembre 2014

On ne change pas

Photo Par Karl Filion

Mise à jour du 19 septembre 2014 à 4h31 du matin : Je retire tout ce que j'ai dit, ce film est f*cking un chef d'oeuvre dont on ne saisi toutes les subtilités que lors d'un deuxième visionnement, pendant lequel ce soir au FCVQ j'ai (presque) pleuré. La suite est encore vraie, mais ce que l'on ressent a préscéance : voilà le plus grand/grandiose film québécois de l'année, les émotions humaines en étant le dernier rempart. La suite, telle qu'elle était :

Après cinq films en six ans, tout le monde se serait essoufflé créativement. Pas Xavier Dolan. C'est au terme de cette course folle, qui l'a mené à Cannes (quatre fois, où il a remporté un Prix du Jury) et dans tellement d'autres festivals internationaux que le jeune réalisateur et acteur québécois propose son film le plus abouti et le plus audacieux (Tom à la ferme, sorti plus tôt cette année, est tout aussi abouti, mais Mommy le surpasse en terme d'inventivité, quoique les deux films démontrent une grande maîtrise du langage cinématographique et des capacités narratives du cinéma; Laurence Anyways est plus baroque mais aussi plus éparpillé, contrairement à Mommy qui propose un fil narratif mieux échafaudé...).

Ce qui saute bien sûr aux yeux en premier lieu, c'est la performance sentie des comédiens, magnifiée par une lumière parfois féérique et parfois brutalement réaliste, eux qui interprètent avec conviction des personnages qu'ils ne jugent pas et que Dolan filme avec tendresse, les rendant plus près des spectateurs. Leur destin, qui se dévoile sous nos yeux non sans quelques longueurs, n'est pas moins vibrant, et le tumulte émotionnel qu'il cause est profond, presque furtivement bouleversant, et promet de se manifester en soi même longtemps après la projection.

La musique, brillamment intégrée au récit - comme d'habitude chez Dolan -, ajoute intensité et beauté à plusieurs scènes révélatrices de la psychologie des personnages qui sont la richesse de Mommy. Raison de plus pour célébrer le talent des acteurs, pas tellement dans le naturel du quotidien de cet improbable trio, mais dans les scènes d'intensité où se révèle la véritable nature de ces protagonistes qui - n'oublions pas de le souligner, c'est important - évitent tout cliché et ne cessent de déstabiliser. Dolan mise juste lorsqu'il souligne, de sa poésie bien à lui, leurs moments de grâce.

Le ratio 1:1 - ou format Instagram, ou full gate, ou plein couloir - est un ajout formel pertinent car il est bien utilisé par le réalisateur, qui s'extirpe du cadre lorsque nécessaire, et qui y va d'une habile manipulation cinématographique en accumulant les plans serrés. Non seulement cela permet d'examiner d'au plus près le jeu des comédiens, mais cela crée aussi une tension intrinsèque lorsque des plans plus larges viennent dilater le temps et décupler le drame par leur rareté.

Et puis le dénouement, encore une brillante manipulation, faux happy end tragique et pourtant apaisant (liberté!), point d'orgue à une poésie, une fougue que les acteurs comme la caméra traduisent en langage du cinéma, qui nous aura fait vivre toutes les émotions. Et puis, quel grand plaisir que de regarder du cinéma sur grand écran. La phrase peut paraître banale ou redondante, pourtant il convient de souligner la rareté de films aussi cinématographiques que celui-ci.

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Photo Karl Filion

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